Réflexion: Former l’homme !

L’homme, cette créature de l’Etre suprême, ne devient pourtant que ce que sa société en fait. Il est un animal social, c’est-à-dire qu’il vit en société. Celle-ci commence par sa famille biologique, son premier univers.

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), écrivain et philosophe genevois de langue française, auteur, entre autres, des Confessions, l’Emile, le Contrat social, Julie ou la Nouvelle Héloïse, a bien compris la chose. Ce qui l’avait poussé à affirmer que  » l’homme naît bon, mais il est corrompu par la société « .

L’homme, on le forme. Les sociétés sérieuses investissent énormément, à ne point compter d’ailleurs, pour la formation de l’homme. Il y a trois éléments constitutifs de l’Etat : le territoire, la population et le pouvoir public. Mais des trois, c’est le second, la population, donc l’homme, qui est le plus important. Sans lui, il est impossible de parler d’Etat.

Mais on a déjà connu, dans l’histoire de l’humanité, des Etats qui ont été privés de territoire à un moment ou un autre de leur existence.

La formation de l’homme est quelque chose de capital pour la vie d’une nation. En dehors du système éducatif qui, de la base au sommet, ne peut pas ne pas retenir la haute attention de l’autorité publique, il y a également tous les autres canaux d’information, d’éducation et de divertissement, qui doivent retenir cette attention.

C’est pourquoi dans tous les pays sérieux, même ceux qui ne le sont qu’en discours, il existe une autorité de régulation des médias.

Si la formation de l’homme dure toute la vie (les Kinois ont coutume de dire que prodiguer des conseils est éternel), la formation de l’homme est surtout très suivie dans ses premiers âges. Car, à ces âges, l’être humain est encore bien fragile, cherchant à découvrir, à s’approprier le tout, et susceptible de basculer dans son comportement.

C’est comme cela que les Etats sérieux ont un œil regardant dans les publicités qui passent à la télévision. Car si un adulte, généralement, arrive quand même à faire la part des choses, quand bien même il se laisse aussi parfois suborner, les enfants à bas-âge gobent littéralement les images que leur offre la télévision en matière de publicité.

L’Occident, en général, manifeste beaucoup de liberté en matière d’audiovisuel. Des productions cinématographiques osées, qu’on regarderait ailleurs avec beaucoup de fourmis dans les jambes, y sont généralement projetées sans la moindre retenue, et sans que cela n’offusque qui que ce soit.

Cela n’empêche cependant pas certains autres pays d’y avoir un œil très regardant. En Grande Bretagne, par exemple, certains films à moralité douteuse ne sont pas les bienvenus, même s’ils sont un succès ailleurs. La Grande Bretagne se trouve pourtant bel et bien en Occident et est une réelle puissance. Un pays normal doit avoir, et conserver, son identité.

Je me souviens d’un film qui avait énormément fait parler de lui, au cours de la décennie 80. Il s’agit de  » La dernière tentation du Christ « , du réalisateur et producteur américain Martin Scorsese. Les chrétiens estimant que cette production portait atteinte à leur foi, ce film était interdit en Grande Bretagne, mais était pourtant diffusé dans tout l’Occident.

En RDC, il y a trop de laisser aller. C’est connu et on ne doit pas se voiler la face. Lorsqu’on jette un coup d’œil aux différentes publicités qui sont réalisées ces dernières années, on a la nette impression de se trouver dans une jungle, si pas une pétaudière.

Nous n’allons pas en faire le répertoire ici, sauf si on nous le demande. Mais prenons, à titre illustratif, ce spot vantant un potage, qui passe chaque jour, et cela depuis des mois, sur pratiquement toutes les chaines de télévision de Kinshasa, et il y en a une quarantaine, si pas plus.

De quoi s’agit-il ? Tenaillé par la fin, un gamin, visiblement mal éduqué, feint de tomber en syncope, alors qu’il aurait pu tout simplement demander à manger à sa maman, qui n’était pas une quelconque marâtre, qui était bien chez elle.

Alertée, la pauvre femme panique, se dit que son rejeton risque de passer de vie à trépas. Elle le ramasse, le porte dans ses frêles bras et prend, en courant, la route d’un centre de santé.

 

Un vrai régal

Mais que voit-on alors ? Une foule de gamins, des amis de son infortuné fils, l’accompagnent. Mais cela ne veut pas dire qu’ils sont affectés par le malheur qui arrive à leur ami. Ils s’en régalent, étalent une joie rare, chantent à gorge déployée en courant derrière la pauvre maman en pleurs.

Quelle est la moralité de ce pub ? Qu’est-ce qu’on apprend aux enfants ? Que lorsqu’il arrive un malheur à l’un d’eux, ils ne doivent pas du tout compatir à son malheur ou chercher à lui porter secours. Au contraire, ils doivent se moquer de lui en le conspuant.

J’en ai fait la douloureuse expérience il y a quelques mois. Je passai devant une école primaire comme on en trouve beaucoup à Kinshasa, c’est-à-dire dépourvue de cour de récréation. Le cours de gymnastique se donne donc en pleine rue, les enfants se frottant aux passants, dont certains sont sans scrupule.

C’était, ce jour-là, une partie de football entre ces mômes. L’un d’eux tomba brusquement, victime d’un violent croc-en-jambe. L’enfant se tordait de douleur. A mon grand désappointement, tous les autres enfants l’entourèrent, et se mirent à exécuter avec volupté  » eh akangami eh ! « , la chanson qui accompagne le spot en question. C’était un spectacle poignant.

L’instituteur intervint finalement, et essaya de porter secours à l’enfant, sans gronder ses élèves. Je me suis dit en ce moment que la semence commençait bien à produire ses fruits.

Il y a quelques jours, un grave accident de circulation a eu lieu sur l’Avenue du 24 novembre, dans la Commune de Selembao. L’accident a entraîné plusieurs morts. Plusieurs personnes avaient accouru sur les lieux.

Mais, au lieu de porter secours aux blessés, ils s’employèrent à fouiller les poches de ces malheureux, surtout les morts, leur dépouillant de leurs biens comme les téléphones et l’argent. Ils appelaient cette opération  » premiers soins « . Ils étaient donc là, affirmaient-ils sans vergogne, en train d’administrer à ces malheureux les premiers soins nécessaires.

L’on se souvient encore du monstrueux accident du marché Type K, lorsqu’en 1996, un avion s’y écrasa. On put, à cette occasion, mesurer le niveau apocalyptique atteint par l’immoralité des Congolais. Car des accidentés, dont plusieurs corps déchiquetés, furent dépouillés de tout. Certains arrachèrent même des bagues des doigts qui, arrachés au reste de la main par l’accident, trainaient seuls au sol.

Et on semble s’émouvoir de l’insensibilité observée aujourd’hui dans le chef des Congolais, même, et surtout, en politique.

Il faut former l’homme, ce chantier oublié. Sinon, on va droit vers un non-Etat.

Jean-Claude Ntuala

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