2016 : une année musicale mi-figue mi-raisin

Encore trois jours, et l’on aura tourné le dos à l’an 2016. Une année que l’on aura, tout naturellement, enterrée avec sa cohorte d’événements. Heureux et même parfois douloureux. Cela dépend des circonstances et certainement pourquoi pas aussi de la sphère dans laquelle on a évolué au cours de l’année.

Pour bien des cas, la fin de l’année demeure le moment où l’on marque un temps d’arrêt pour faire son bilan et jeter de nouvelles bases. En d’autres termes faire la rétrospective. C’est autant pour la musique. Un secteur dont le commun des mortels ne saurait se passer, dans ce qu’elle représente comme valeur culturelle.

De ce point de vue, la RDC n’aurait presque rien à se reprocher d’autant plus que la musique fait partie du lot de ce que l’on peut compter comme ressource. Sauf qu’avec le temps, cette musique, particulièrement moderne,  qui faisait dans le temps la fierté du pays, s’est dégradée au fil des années avec l’avènement des musiciens dits de la nouvelle génération. Exception faite des musiciens chrétiens et de quelques musiciens profanes qui font encore preuve d’esprit de recherche. La loi du moindre effort ayant élu domicile dans ce secteur, doublée du laxisme, mieux de la tolérance de la Commission nationale de censure.

Et, comme on peut s’en douter, cette tolérance exagérée a donné libre cours aux chansons obscènes, devenues, par la force des choses, la recette la mieux consommée par les jeunes mélomanes, favorisant ainsi la dépravation des mœurs dans les rangs de cette couche sociale. S’étant érigé en système, cela devient sans nul doute un danger potentiel pour notre jeunesse. C’est depuis près de quatre ans qu’elle est auditionnée, sans la moindre réaction des gouvernants.

L’an 2016, l’a été autant avec beaucoup plus d’intensité. Ce qui fait quel la plupart d’œuvres musicales larguées sur le marché discographique n’ont eu d’autres thèmes que le sexe, du reste banalisé.

S’agissant de la production, 2016 a été tout de même fructueuse avec la montée de nouvelles étoiles de la 4ème génération, transfuges pour la plupart des orchestres des aînés dont les J.B Mpiana, Werrason, Koffi Olimide, Blaise Bula, Nyoka Longo etc.

De ces jeunes gens de la 4ème génération, on a eu droit à des titres tels que  » Poison  » de Fabregas,  » Retirada  » de Héritier Watanabe,  » Ouverture  » de Deplick. Tandis que les aînés ont produit  » Sans poteau de Werrason,  » Je suis  » de Manda Chante,  » Echauffement avant match  » de J.B Mpiana,  » 13e Apôtre  » de Koffi Olomide,  » Le millionnaire  » de Le Karmapa.

Du côté de la musique religieuse, le marché s’est enrichi de  » Totale adoration « ,  » Oui c’est possible « ,  » Oracle « ,  » Je suis une étoile « ,  » Mikunga « ,  » Dieu ma vie  » respectivement de Moïse Mbiye, Gaël Music, L’Or Mbongo, Mike Kalambay, José Nzita (…)

De ce lot, qui n’est qu’un échantillon, l’on peut se  permettre de faire un jugement de valeur et tirer la conclusion selon laquelle le résultat aura été mi-figue mi-raisin.

L’an 2016, aura été aussi, celui qui nous a fauché l’artiste musicien de renommée internationale, en l’occurrence Jules Shungu Wembadio dit Papa Wemba qui a tiré sa révérence, en plein spectacle dans la nuit du 24 avril alors qu’il se produisait sur le podium d’un festival organisé à Abidjan en Côte d’Ivoire et de Mwanga Paul, l’un des précurseurs de la musique congolaise moderne.

Paul Kalonji Ngoy, réalisateur de l’émission  musicale  » Karibu Variétés  » de la RTNC s’est lui aussi, éteint, le dimanche 11 décembre, apprend-on de sources dignes de foi.

Ce survol que nous venons de faire n’est que partiel, mais il reflète tout de même, une lueur de réalité de ce qu’aura été l’année musicale 2016.

De ce qui précède, nous dirons que s’il nous avait été permis de faire des recommandations, nous les aurions formulées en premier lieu à l’endroit de la Commission nationale de censure étant à la base de la dégradation de la musique congolaise et en second lieu aux musiciens eux-mêmes qui n’ont plus de repère, alors qu’ils ont le privilège de puiser dans le riche héritage leur légué par des précurseurs de la musique congolaise moderne de renom qui ont écrit de nombreuses pages de l’histoire de notre musique jusqu’à en faire une identité et de la danse rumba une marque déposée.

Tout compte fait, notre souhait serait que la musique congolaise s’améliore en 2017, avec moins d’obscénités ou pas du tout.

 

Maurice Bakeba

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