Aéroport de Kananga : Violents combats police-miliciens de Kamwina Nsapu : 28 morts

Vingt-huit morts, tel est le bilan macabre provisoire des affrontements de deux jours entre les forces de l’ordre et les miliciens de Kamwina Nsapu survenus au chef-lieu de la province du Kasai Central à Kananga.

Parmi les 28 morts, on dénombre 8 du côté des forces de l’ordre et 14 dans le camp des miliciens. 3 élèves sont décédés de suite de la bousculade et 3 femmes ont été mutilées, parmi lesquelles une hôtesse de Congo Airways. Elle a été lynchée par les miliciens aux abords de l’aéroport de Kananga alors qu’elle fuyait avec ses collègues leur avancée. En plus, une trentaine de blessés sont enregistrés, dont 29 élèves hospitalisés et 1 élément des forces de l’ordre.

Par ailleurs, on rapporte que 52 miliciens sont capturés dont un mineur d’âge, 3 armes dont 2 AK 47 et un calibre 12 de fabrication locale sont saisies des mains des miliciens, selon le gouverneur de cette province cité par Radio Okapi.

Un camion anti-incendie de la Régie des voies aériennes (RVA) a été brûlé par les miliciens dans leur tentative de s’approcher de l’aéroport, quatre motos des particuliers ont aussi été emportées par les miliciens. Hier dimanche 25 septembre courant quelques tirs ont été entendus dans la ville.

Pour l’heure, la situation est toujours tendue au centre-ville de Kananga alors que le mouvement des populations est restreint.

Si la source et les mobiles de ces tirs restent encore inconnus, l’on parle d’un policier qui aurait paniqué face à une fausse alerte et qui aurait tiré beaucoup de balles.

Le matin de dimanche 25 septembre courant, même le centre-ville ressemblait à une ville morte. Entre temps, on a noté un important dispositif militaire sur les places stratégiques et devant les édifices de l’Etat.

Depuis l’aéroport jusqu’au centre-ville, les habitants sont terrés dans leurs habitations. Cette situation préoccupe la Monusco qui envisage de rencontrer l’autorité provinciale les heures qui suivent.

Pendant ce temps, alors qu’un Conseil de sécurité s’est tenu au gouvernorat  pour faire le point sur cette situation, on apprend que des renforts militaires en provenance de Mbuji-Mayi ont rejoint Kananga la nuit de samedi à dimanche.

La situation sécuritaire prévalant dans la ville de Kananga a pour conséquence immédiate la rareté sur le marché des biens de première nécessité. En effet, les pédaleurs, communément appelés  » Bayanda « , qui approvisionnent la ville en divers produits vivriers ne fréquentent plus Kananga depuis jeudi 22 septembre courant.

Le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Evariste Boshab, et une délégation du conseil national de sécurité sont arrivés samedi 24 septembre soir à Kananga, soit deux jours après les échauffourées meurtrières entre les forces de l’ordre et les miliciens du chef Kamwina Nsapu qui tenaient à venger leur chef..

 

Appel à faire échec à l’incursion

  1. Boshab a lancé un appel solennel de solidarité à la population du Kasaï Central, à tous les cadres, où qu’ils soient, pour faire échec à un tel mouvement [insurrectionnel].

Tout en condamnant les incursions des miliciens ayant causé des pertes en vies humaines et des dégâts matériels importants, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité a tenu à rassurer la population que des mesures urgentes étaient déjà prises  pour la sécuriser.

En effet, la présence d’un groupe de plus de 50 miliciens du chef coutumier Kamwina Nsapu, en majorité des jeunes, a été signalé dans le périmètre de l’aéroport jeudi 22 septembre vers 11 heures locales.

Cette annonce de la présence des miliciens a créé une psychose et une débandade générale dans la ville depuis les premières heures de la journée, paralysant toutes les activités. La principale revendication des miliciens serait le contrôle de leurs terres. Dans leurs chants, selon la Radio Okapi, ces miliciens scandaient un slogan en tshiluba, une des langues nationales de la RDC qui dit exactement ceci :  » Buloba ebu buikala buenu  » [en français : que cette terre soit la vôtre, sinon…].

Il s’en est suivi des affrontements avec les forces de l’ordre. Après un moment de combats, les miliciens de Kamwina Nsapu ont pris fuite.

Le chef traditionnel Kamwina Nsapu a été tué en août 2016, avec une dizaine de ses adeptes, par la police congolaise alors qu’il tentait de résister à une interpellation de la police.

Médecin dans la force de l’âge, le chef de la tribu Kamwena Nsapu, sans précision de l’état-civil exact a été tué dans une opération de police en août dernier.

Revenu au pays en avril après avoir habité un certain temps en Afrique du Sud, selon les informations disponibles, il a commencé à contester le pouvoir central et ses représentants locaux (gouverneur provincial, forces de police…)

A la suite de ce qu’il a présenté comme le viol de sa femme et la désacralisation de ses attributs tribaux par des « Rwandais » (éléments rwandophones de l’armée régulière originaires de l’Est de la RDC), le chef Kamwena Nsapu a lancé un appel à l’insurrection et à la « libération du Congo » dans un appel audio qui lui est attribué et qui circule sur les réseaux sociaux.

Dans la tradition luba (l’ethnie du chef Kamwena Nsapu), le viol d’une femme n’implique pas forcément un acte sexuel mais le fait de toucher une femme mariée, qui plus est à un chef.

Pour le moment, les FARDC ont pris le contrôle total de l’aéroport de Kananga depuis le début de l’après-midi de vendredi 23 septembre, après les violents affrontements qui les ont opposés aux miliciens du chef Kamwina-Nsapu qui étaient armés de  » bâtons  » magiques.

Kléber Kungu

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