Affrontements entre la police et le BDM : Que veut Ne Muanda Nsemi ?

Des éléments de la Police nationale congolaise (PNC) se sont affrontés depuis lundi 13 février à partir de 14 heures jusqu’à mardi 14 contre les adeptes de Bundu dia Mayala (BDM), parti politique de Ne Muanda Nsemi, député national. Bilan : huit blessés et une vingtaine d’adeptes de Ne Muanda Nsemi interpellés, quelques voitures des privés brûlées…

Des affrontements qui se sont produits aux deux résidences privées de Ne Muanda Nsemi : dans les communes de Ngiri-Ngiri et de Ngaliema. Que veut alors Ne Muanda Nsemi, lui qui, pendant quelques mois avait affiché un profil bas, après avoir annoncé qu’il se retirait de la vie politique ? Quelle mouche a piqué ce  » barbu  » pour qu’il se réveille brusquement, comme un volcan, après le déclenchement du conflit né voilà quelques semaines à Kimpese, à 200 km au sud-ouest de Kinshasa, dans le Kongo Central, où ses hommes se sont attaqués aux biens (résidence et chambre froide) appartenant à Papy Mantezolo, vice-ministre des Infrastructures du gouvernement Badibanga et député national, ancien membre de BDM ? Quelques éléments de réponses sur une crise latente et vieille de plusieurs années.

Il a fallu que le dialogue dont la tenue a été facilitée par Edem Kodjo, ancien Premier ministre togolais et médiateur désigné de l’Union africaine (UA) accouche d’un gouvernement de large d’union nationale et que, pour récompense, le Bundu dia Mayala (BDM), parti cher à  » Nkaka  » ( »grand-père » en kikongo) comme aiment l’appeler respectueusement ses adeptes, bénéficie d’un poste de vice-ministre des Infrastructures, Travaux publics et Reconstruction attribué à Papy Mantezolo. Celui-ci est le numéro deux de BDM et l’élu de ce parti politique dans la circonscription électorale de Songololo.

Vice-ministère, des Infrastructures Travaux publics et Reconstruction (ITPR) soit-il, le dividende, mieux la récompense est loin de satisfaire  » Nlongi  » ( »enseignant » en kikongo, l’une de nombreuses appellations que porte Ne Muanda Nsemi. Le poste de vice-ministre n’est pas à la mesure du travail abattu par cet homme qui a pris le courage, mais surtout le risque de crier haut et fort ce que les autres ont préféré taire : le glissement et, par voie de conséquence, la transition tant redoutés à l’époque de la gestation du dialogue.

L’opinion se souviendra qu’au mois d’août 2015,  » Nlongi a Kongo  »  – une autre appellation du chef spirituel de Bundu dia Kongo (BDK) – avait pris son bâton de pèlerin pour annoncer à Matadi, Boma et Moanda que le pays devrait se préparer à une transition de 3 ans, avec à sa tête Joseph Kabila, un  » glissement collectif   » pour permettre à la République démocratique du Congo d’organiser de   » bonnes   » élections. Un message qui lui avait valu à Moanda des jets de pierres par la population venue nombreuse suivre son message.

 

Ne Muanda Nsemi découragé

Ainsi découragé et floué, Ne Muanda Nsemi a renoncé à participer au dialogue politique initié par Joseph Kabila. Dans un message diffusé samedi 5 septembre  dans « Kongo Dieto » ( »Notre Kongo » en kikongo), le bulletin de ce parti,  Ne Muanda Nsemi avait annoncé à l’occasion son retrait de la scène politique, justifiant sa décision par le fait que le pouvoir en place n’avait rien fait pour lui et a laissé détruire sa popularité depuis sa rencontre en juin avec Joseph Kabila dans le cadre des consultations politiques pré dialogue initiées par le chef de l’Etat.

Il  avait ainsi laissé la charge du parti Bundu dia Mayala au député Papy Mantezolo, qui en était devenu le président national. En 2011, Ne Mwanda Nsemi et Papy Mantezolo avaient été élus députés sur la liste du parti politique Congo Pax, le parti politique Bundu dia Kongo ayant été interdit de fonctionner.

Voilà pourquoi, pour exprimer sa désapprobation face à cela et d’autant plus que l’opinion l’accusait d’avoir reçu du président Joseph Kabila un montant de deux millions de dollars américains pour mener cette campagne pro dialogue, des allégations qu’il avait catégoriquement rejetées, Ne Muanda Nsemi a demandé à Papy Mantezolo de démissionner de son poste de vice-ministre. Un ordre auquel le député doublé d’un vice-ministre a refusé d’obtempérer, préférant plutôt se décharger de ses fonctions de président national de BDM.

Une désobéissance que Ne Muanda Nsemi ne pouvait accepter d’aucune manière, pas plus que les nombreux adeptes  de son parti politique habitant la cité de Kimpese et ses environs. D’où le sort réservé à celui que  » Nlongi  » avait  » fabriqué  » en faisant de lui ce qu’il est aujourd’hui, à entendre quelques membres du Conseil supérieur de BDM. Un crime de lèse-majesté impardonnable.

Maintenant quel lien existe-t-il entre ce problème et celui à la base des affrontements entre les forces de l’ordre et les adeptes de Bundu dia Mayala ? Les deux problèmes sont intimement liés.

 

Accumulation de frustrations

En effet, c’est la conséquence de l’accumulation d’une somme de frustrations subies par Ne Muanda Nsemi durant plusieurs années et non résolues qui l’ont poussé à durcir le ton en adoptant la manière forte et en se radicalisant, selon un membre proche du Conseil supérieur de BDM ayant requis l’anonymat et joint au téléphone.

Ne Muanda Nsemi estime que les efforts qu’il avait fournis avec à la clé beaucoup de risques courus lors de sa campagne pro dialogue dans le Kongo Central en août 2015 n’ont pas été récompensés à la hauteur même des résultats obtenus aujourd’hui avec la tenue du dialogue en octobre qui a accouché d’un accord. Le   » chef mystique du Kongo Central « , l’un de ses titres, estime qu’il lui faut un poste plus important qu’un simple vice-ministère, des Infrastructures, Travaux publics et Reconstruction, soit-il.

Malheureusement,  »Nlongi » avait lamentablement failli en adoptant la politique de la chaise vide lorsqu’il avait boycotté le dialogue, l’unique forum où s’étaient distribués les postes. Il doit avoir à l’esprit que dans ce genre de rencontres, ce sont souvent les présents qui sont servis, malheur aux absents. Sans doute ne commettra-t-il plus cette faute politique dans l’avenir.

En effet, si Ne Muanda Nsemi avait accepté de participer au dialogue, il aurait saisi cette occasion pour exprimer haut et fort – comme il en a d’ailleurs le courage – toutes ses revendications à ce sujet.

Quant au sujet de xénophobie dont il est aussi accusé, le BDM rétorque qu’il n’a pas l’intention de chasser les non originaires de la province du Kongo Central pour la réserver seulement aux autochtones. Le chef spirituel de BDM s’insurge contre la discrimination dont souffrent les Bakongo en ce qui concerne l’occupation des postes ou emplois dans les différentes entreprises installées dans la province du Kongo Central.

 

Les Bakongo marginalisés

Il déplore en effet la marginalisation des Bakongo dans les entreprises publiques installées dans leur propre province. Il s’insurge contre le fait que ce sont les non-originaires qui occupent la majorité de postes de commandement dans ces entreprises et que même dans la plupart d’autres postes sont également occupés par des non-originaires. Une situation qui perdure, en dépit de toutes les revendications faites par certaines personnalités politiques comme les élus du peuple originaires de cette province.

Ne Muanda Nsemi, à en croire la même source, s’insurge également contre la vente des carrés miniers dans cette partie du pays à des non originaires. Un phénomène d’appauvrissement qui dépossède les ayants-droit fonciers de leurs terres et qui appauvrit la province car ses ressources minières et autres richesses du sous-sol sont exploitées au bénéfice des particuliers.

A ces problèmes, il y a lieu d’ajouter, déplore la source, le fait que dans la majorité des gouvernements qui se sont formés depuis plusieurs années, le Kongo Central demeure la province à qui il est souvent attribué très peu de postes ministériels et de direction des entreprises publiques.

Toutes ces revendications et d’autres non résolues s’expliquent auprès de Ne Muanda Nsemi comme une injustice injustifiable. Peut-être comme député national depuis de nombreuses législatures n’a-t-il pas eu l’occasion ni l’opportunité de présenter tous ces problèmes à l’Assemblée nationale. Fallait-il les présenter de cette façon jusqu’à défier l’autorité établie et manquer de respect au chef de l’Etat ? Se présentant comme leader des Bakongo a-t-il cherché à rencontrer en tête-à-tête le chef de l’Etat Joseph Kabila pour les lui présenter de vive voix ?

Des problèmes ou revendications que d’aucuns trouvent fondés méritaient d’être présentés autrement pour éviter tout ce sang répandu pour la énième fois. Les élections souhaitées par tout le monde n’ont pas besoin de tous ces troubles à travers le pays. Les violences du Kasaï Central dues aux affrontements entre les forces de l’ordre et les miliciens de Kamwina Nsapu, celles du Kongo Central qui s’étendent maintenant dans la ville de Kinshasa entre les forces de l’ordre et les adeptes de BDM méritent d’être gérées avec tact.

Kléber Kungu

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