Attaques de prisons et édifices publics : Qui sont ces assaillants à la tête ceinte de bandeau rouge ?

Depuis le 17 mai 2017, date à laquelle le Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (CRPK), ex-Prison centrale de Makala, la République démocratique du Congo (RDC) vit une violence due aux attaques répétées des prisons et édifices publics par des hommes armés non identifiés. On parle, sans beaucoup de précisions, des personnes de taille courte à la tête ceinte de bandeau rouge, munis d’armes blanches et parfois d’armes à feu. Mais qui sont ces hommes qui sèment la terreur à chacune de leur sortie punitive et meurtrière et qui se volatilisent dans la nature aussitôt l’attaque terminée ? La soudaineté et la surprise des attaques de ces hommes que d’aucuns n’hésitent pas à présenter comme des adeptes de Bundu dia Mayala (BDM) du célèbre Zacharie Badiangila alias Ne Muanda Nsemi ajoutent à la psychose qui gagne la population.

Au lendemain de l’attaque spectaculaire du  Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (CRPK) suivie d’une évasion tout autant spectaculaire de près de 5 000 prisonniers et détenus, des questionnements sur les auteurs de cette attaque n’ont pas tardé à tarauder l’esprit des Congolais. A la suite de l’évasion de Ne Muanda  Nsemi, la responsabilité de l’opération a été vite attribuée aux  » Makesa  » du barbu de Ma Campagne. Sans évidemment de preuves établies.

Lorsque la prison centrale de Kasangulu va connaitre également l’évasion de ses pensionnaires quelques heures plus tard, la responsabilité des hommes de Zacharie Badiengila est de nouveau mise en cause dans cette évasion.

Les attaques des prisons d’autres provinces vont se poursuivre sans désemparer, enflant les interrogations sur l’identité des assaillants dont le mode opératoire et le but paraissent les mêmes : attaques de prisons puis évasion de prisonniers. Une situation qui va pousser l’opinion à commencer à se demander si ce sont les mêmes  » Makesa  » de BDM qui se sont déployés en un temps record dans les parties du pays où se sont produites ces attaques.

 

Situation très inquiétante

La situation d’attaques devient très inquiétante lorsque les assaillants se mettent à attaquer les symboles de l’Etat, en plein jour et au cœur même de la capitale congolaise dans des endroits très fréquentés comme le quartier Matonde dans la commune de Kalamu et le Marché central dans la commune de la Gombe.

Vendredi 14 juillet courant, une dizaine d’hommes armés de fusils ainsi que de couteaux et de machettes – donc d’armes blanches -font irruption en plein jour au Marché central de Kinshasa, l’un des endroits les plus fréquentés de la ville. Ces assaillants passent calmement, sans être inquiétés par la foule des marchands, vendeurs, acheteurs et autres badauds très nombreux en ce moment.

Direction, le bureau de la police du marché où siège également l’administratrice  de ce marché, Chantal Mombi Mboyo. Elle et son garde du corps sont tués par les assaillants qui vont également brûler le bureau et un autre situé non loin. Deux personnes perdent aussi la vie et 6 policiers blessés.

Le 29 juin, la veille du 57ème anniversaire de l’indépendance de la RDC, un groupe de six hommes attaquent également un commissariat de police à Matonge, commune de Kalamu, un des quartiers les plus fréquentés de Kinshasa. Une attaque qui intervient après celle du Parquet de Matete et de l’état-major du Commissariat urbain du Mont-Amba le 10 juin, du district de la Funa.

Si l’attaque du Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (CPRK), ex-Prison centrale de Makala est clairement attribuée aux militants de Bundu dia Mayala (BDM), celles des bureaux de la police, ont souvent été, elles, attribuées par les autorités à  » un groupe de bandits  » armés.

L’attaque du Marché central de Kinshasa a vite été qualifiée, pour la première fois, par Lambert Mende, porte-parole du gouvernement congolais, d’une  » ‘attaque terroriste « .  » C’est un acte terroriste qui a frappé ce qu’on appelle communément le petit peuple. Le marché de Kinshasa n’est fréquenté ni par les politiciens ni par les hommes d’affaires de très haut niveau  (…) « .

 

Faire peur à tout le monde

On sait que le terrorisme a pour principal objectif de faire peur à tout le monde, l’on se demande contre qui s’adresse ce terrorisme. D’autant plus qu’aucun civil n’a visiblement été visé par les assaillants lors de toutes  ces attaques, alors que la majorité des victimes sont des policiers. En plus, lors de leurs attaques les assaillants semblent privilégier les symboles de l’Etat et libérer les prisonniers.

Qui sont donc ces assaillants qui ne s’attaquent qu’aux prisons, aux commissariats de police, aux policiers et libèrent les prisonniers ? Qui sont ces hommes qui attaquent comme des commandos bien entraînés ? Pour le compte de qui agissent-ils, d’autant plus que leurs motivations restent inconnues ? Qui sont ces assaillants qui ont décidé d’attaquer en pleine capitale et en pleine journée, sans peur ? Aujourd’hui, ce sont des attaques à l’arme, demain ce sera peut-être des attentats-suicide….

Si les assaillants sont identifiés grâce à leurs  » bandeaux rouges autour de la tête  » comme des partisans de Ne  Muanda  Nsemi, leurs motivations restent encore floues. En plus, aucun mouvement ni politique ni terroriste n’a à présent revendiqué ces attaques.

Il faut noter que ces porteurs de  » bandeaux rouges autour de la tête  » ont été aperçus lors de l’attaque du commissariat de police à Limete, en avril 2017, bien avant l’attaque du CPRK. Cette attaque de Limete a été attribuée à des partisans de l’UDPS.

La prison centrale de Kangbayi de Beni (11 juin) dans le Nord-Kivu et Kalemie dans le Tanganyika ont connu des attaques d’hommes armés avant que des prisonniers se volatilisent dans la nature.

La suspicion contre ces hommes va se renforcer après les attaques dans la capitale congolaise  du bureau communal de Kalamu par  » un commando non identifié  » (29 juin) et enfin ( ?) du Marché central de Kinshasa où le bureau de l’administratrice et le  cachot du commissariat (de police) ont été attaqués par un groupe d’assaillants non identifiés.

Si plusieurs témoins et les autorités policières et politiques parlent soit des assaillants ou du commando, personne n’est arrivé à identifier clairement les hommes munis d’armes à feu et blanches (machettes) qui attaquent à la surprise générale les prisons et autres édifices publics.

Devant cette confusion sur l’identité des assaillants, chacun va de ses qualificatifs. Parfois, les témoins les identifient comme des hommes de courte taille avec la tête ceinte d’un bandeau rouge, un groupe de bandits armés. Cependant, les autorités les prennent pour des terroristes. La Police, elle, a présenté les auteurs de l’attaque du Marché central de Kinshasa comme  » des voleurs, des criminels qui sont venus pour se ravitailler par des moyens malhonnêtes « , alors que Lambert Mende les a considérés comme des  » terroristes « .

Pour  le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur et Sécurité, Ramazani Shadary, qui s’exprimait  lors de la cérémonie de passation de commandement entre les anciens et nouveaux responsables de la police récemment nommés par le chef de l’État, les auteurs de cinq attaques en deux mois dans la capitale étaient notamment des  » terroristes islamistes  »

Il y a quelques jours, à la suite des troubles qui se sont produits à l’Université de Kinshasa entre des étudiants de cette Alma mater et la police, celle-ci a annoncé l’arrestation d’un certain Ben Tshimanga wa Tshimanga qui se serait infiltré près de l’Unikin et présenté comme le cerveau moteur des tueries de l’attaque du Marché central de Kinshasa et d’autres attaques.

Sans doute s’achemine-t-on vers l’identification des auteurs de toutes les attaques spectaculaires des prisons, commissariats de police à Kinshasa. Il reste à établir le lien entre Ben Tshimanga et BDM et surtout le rapport avec toutes les autres attaques.

En attendant, la question sur l’identité des assaillants qui ne cessent de se faire parler d’eux à Kinshasa depuis mai reste pendante.

Kléber Kungu

Related posts