Budget pro pauvre

Le Premier ministre Tshibala a présenté hier mercredi 31 mai le projet de budget 2017 devant la représentation nationale réunie en plénière au Palais du peuple. Ce projet est estimé à près de 8 milliards de dollars américains. Encore qu’ici il ne s’agit que des prévisions. Reste à savoir combien exactement le trésor public va mobiliser comme recettes car nous savons qu’il se pose un sérieux problème de recouvrement des recettes en République démocratique du Congo (RDC). Nous nous souviendrons qu’il y a quelques années, le gouvernement avait organisé tambour battant un séminaire sur le coulage des recettes. Des nombreuses recommandations avaient été formulées pour améliorer nettement la perception et la gestion des recettes dues au trésor public. Malheureusement force est de constater qu’une fois de plus toutes ces résolutions n’ont pas été traduites en actes.

Le projet de budget laissé par le gouvernement Matata était de l’ordre de 4 milliards de dollars américains. Bruno Tshibala a présenté hier le sien qui est presque le double de son prédécesseur. Quoiqu’il en soit, en comparaison avec celui de certains voisins de la RDC, ce budget est indéniablement ridicule et peut être qualifié tout simplement de pro pauvre, car avec un tel chiffre il est imaginable d’envisager que les Congolais sortent du niveau actuel de leur pauvreté.

C’est ici que Bruno Tshibala est appelé à faire preuve de courage politique en disant la vérité rien que la vérité au peuple, parce qu’en promettant aux populations l’amélioration de leurs conditions de vie, il verse là dans la démagogie. Lui qui est resté longtemps  » physiquement  » à l’UDPS doit savoir plus que quiconque ce que le commun des mortels congolais attend de ses gouvernants. Le progrès social auquel le peuple congolais aspire doit se traduire en termes concrets. L’heure des discours est révolue .Et Bruno Tshibala est conscient qu’avec un petit budget de moins de dix milliards de la devise américaine, il ne doit rien faire pour le peuple, bien que lui-même s’en sortira certainement avec quelques villas dans la haute ville.

Le contraste dans le budget de la RDC depuis des lustres est le fait que les recettes les plus sûres sont celles qu’on appelle appuis budgétaires provenant des partenaires bi et multilatéraux. Cependant aucune stratégie n’est mise en place pour la maximisation des recettes internes dont particulièrement les recettes douanières et les recettes des pétroliers producteurs. Dans ces deux secteurs vitaux, l’on déplore de tous temps une évasion préjudiciable à l’économie du pays à cause de la fraude qui s’y est installée.Au niveau de la douane, la- non motivation conséquente des cadres et agents de cette régie financière est à la base de ses contreperformances. Il faut envisager au plus vite le renforcement de l’administration douanière et la mise en œuvre des tarifs des droits et taxes à l’importation et à l’exportation. Pour ce qui est des produits pétroliers, la RDC a toujours été un pays atypique, car lorsque les cours mondiaux prennent de l’envol, les Congolais n’ont jamais bénéficié de cette augmentation. Quelle destination prennent les recettes générées par l’or noir ? Quel est l’impact des sociétés comme SOCIR et PERENCO dans l’économie de la RDC ? Autant de questions qui méritent l’éclairage de la part de Bruno Tshibala.

En tout état de cause, comme ne cesse de le marteler la Banque africaine de développement (BAD), seule l’agriculture est capable de booster l’économie des Etats africains. Les gouvernants congolais doivent donc faire de ce secteur porteur des richesses la priorité des priorités en lui allouant des crédits importants. Malheureusement, depuis des années, cette recommandation n’est que vœu pieux ; elle n’a jamais été traduite en acte. Alors que le protocole de Maputo auquel la RDC a librement adhéré demande à tous les pays du continent d’allouer au moins 10% de leurs budgets nationaux à l’agriculture, la RDC ne s’y  est jamais conformée. Plus grave encore sur le modique budget de ce secteur, le décaissement des fonds ne dépasse jamais les 2%. Avec une telle politique, comment la RDC peut-elle sortir de la pauvreté ? Il faut donc que le gouvernement Tshibala opère un virage à 180% pour un réel changement. Si non, la RDC va tourner en rond.

Rombaut Ot

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