Cour pénale internationale : Bosco Ntaganda témoigne ce mercredi

L’ancien chef de guerre congolais, Bosco Ntaganda, va prendre pour la première fois la parole ce mercredi devant la Cour pénale internationale (CPI), près de deux ans après l’ouverture de son procès. Il est le premier à s’exprimer pour sa défense, après 64 jours d’audience consacrés à l’accusation.

Après 64 jours d’audience consacrés à l’accusation, Bosco Ntaganda, qui s’était seulement expliqué jusqu’à présent en plaidant non coupable, jurant n’être qu’un « soldat, pas un criminel, va avoir l’occasion de raconter sa version des faits et son histoire.

 » Je suis décrit comme le  »Terminator », comme un célèbre tueur, mais cela n’est pas moi », avait-il déclaré dans sa langue natale, le kinyarwanda, au deuxième jour de son procès en septembre 2015.

Bosco Ntaganda, 43 ans, est accusé de treize crimes de guerre et cinq crimes contre l’humanité, dont meurtres, pillages, attaques contre des civils, viols et esclavage sexuel, commis par ses troupes en 2002-2003 en Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC).

Cet ancien seigneur de guerre était chef adjoint de l’état-major général des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC). Les FPLC, à prédominance Hema, sont le bras armé de l’Union des patriotes congolais (UPC) qui combattait principalement des milices Lendu pour le contrôle de cette région très riche en minerais, spécialement l’or..

– ‘En pâture’ aux miliciens –

La procureure de la CPI, Fatou Bensouda, avait déclaré devant la Cour que  » cette affaire  » concernait » la violence qui  » avait  »  décimé l’Ituri « . Elle a estimé que Bosco Ntaganda  » était un des commandants les plus importants  » dans des crimes  » ethniques  » qui ont engendré la mort de 60.000 personnes.

Plusieurs témoignages n’hésitent pas à mettre en évidence les horreurs des FPLC. Les attaques des FPLC laissaient derrière elles des corps « ligotés au niveau des bras », « en sous-vêtements », « éventrés », « les têtes écrasées par des pilons », avait rapporté un témoin cité par l’Agence France presse (AFP). Tandis que le chef de guerre est présenté en ces termes : grand, teint clair, très imbu de lui-même et connu pour avoir la gâchette facile. Il aurait donné les ordres, planifié et programmé les opérations, coordonné la logistique et fourni les armes.

En outre, il aurait aussi « recruté personnellement des enfants », selon Nicole Samson, représentante du bureau de la procureure. Des « kadogo », des « jeunes » en swahili, filles et garçons, qu’il choisissait pour son escorte personnelle et qu’il habillait et armait pour le combat, une fois leur entraînement militaire terminé.

« Obéissants, (les enfants) n’exigent rien, ils ne connaissaient pas la peur », a-t-elle affirmé à l’audience. « Il était facile d’exploiter leur innocence. »Les jeunes filles devenaient « épouses de commandant », a souligné Sarah Pellet, représentante légale de 283 enfants-soldats, « maintenues en esclavage sexuel ou simplement données en pâture aux membres de la milice ».

Ramenée de force dans un camp, une fillette de onze ans raconte. « Je faisais tout: le ménage, je préparais à manger, nettoyais leurs tenues. Ils m’ont violée. (…) J’avais mal partout dans mon corps ».

Jusqu’au 16 février, l’accusation a présenté 71 témoins, 1.300 documents et onze témoins-experts comme éléments de preuves.

Durant le procès, la procureure a également accusé Bosco Ntaganda de subornation de témoins et, face à ces inquiétudes, des restrictions ont été imposées sur son accès à l’extérieur.Pour protester contre ces mesures, l’accusé avait observé en septembre une grève de la faim de deux semaines, se disant « prêt à mourir ».

Car dans cette affaire, « tout reste à prouver », assure son avocat Stéphane Bourgon. Quant à la défense, elle tient à contre-attaquer avec 109 témoins et quatre experts appelés devant la Cour. Question de laver la réputation de son client que l’accusation présente comme celle d’un chef de guerre opportuniste et sans pitié au sein des rébellions où il a successivement évolué. Du génocide des Tutsi au Rwanda (1994) au Mouvement du 23 mars (M23) au Nord-Kivu.

Finalement,  » Terminator  » va prendre le large en se réfugiant à l’ambassade des États-Unis à Kigali où il avait demandé son transfert à la CPI en mars 2013.

S’il est jugé coupable, Bosco Ntaganda pourrait écoper d’une peine allant jusqu’à trente ans d’emprisonnement ou la réclusion à perpétuité.

Kléber Kungu

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