De Kin la belle à Kin la poubelle : Les couloirs (tunnels), urinoirs et W.C pour certains Kinois

Vous dites bien  » Kin la belle  » ? Vous avez peut-être raison car il s’agit là de Kinshasa de l’époque, c’est-à-dire Léopoldville, cette ville dans laquelle  on respirait l’ai pur, cette ville qui n’avait du répondant que Jadotville (Likasi) dans la province du Katanga. A voir ce qui se passe dans Kinshasa d’aujourd’hui, il y a lieu de s’exclamer : O mores, O tempora. Il s’agit aujourd’hui d’une ville où les couloirs (tunnels) dans presque tous les quartiers, sont transformés non seulement en urinoirs et W.C, mais aussi en chambres d’hôtel pour tous ceux qui, non seulement ont été dotés de l’attrait du sexe, mais paradoxalement n’ont pas de quoi se payer une chambre d’hôtel, même à moindres frais.

Kinshasa de l’époque était une ville qui brillait de mille feux, une ville assainie à tout point de vue, une ville où le service d’hygiène était opérationnel, non seulement en pulvérisant régulièrement l’insecticide pour débarrasser les Kinois des moustiques, donc du paludisme, mais également sévissait avec la dernière énergie contre tous ceux qui, soit manquaient de douches et de W.C, soit en avaient mais en dehors des normes requises par ce service. Il s’agissait là d’une ville où les caniveaux et les nombreux cours d’eau étaient curés régulièrement de manière à placer les  habitants dans des conditions de vie un peu plus humaines ; une ville où on ne crachait pas n’importe où, où on ne jetait papiers et autres emballages n’importe où. Je serais incomplet si je ne présentais pas cette ville comme celle de Wendo, de docteur Kasanda, de Grand Kallé… C’était, comme qui dirait la thèse.

 

Kinshasa, l’antithèse

A partir des années 70, on a vu émerger une autre ville, une ville où le curage de caniveaux est un concept inconnu, où les habitants jettent tout, partout, même dans les ruisseaux ; une ville où le service d’hygiène n’existe que de nom ; une ville où des hors-la loi urinent partout, défèquent partout, surtout dans des couloirs communément appelés tunnels  et qui constituent des endroits où on ne peut passer qu’en arborant son cache-nez.  Kinshasa d’aujourd’hui est une ville où certains habitants, par manque du sens de la pudeur, urinent partout, défèquent partout, même en-dessous des arbres ou le le long des grandes artères. Et pourtant, il existe par ci par là des latrines publiques. C’est le cas de Super Lemba et Rond-point Yolo Médical, et dans toutes les stations service. Pis est que, régulièrement, les amoureux dépourvus de frais d’hôtel trouvent là un terrain de prédilection, au risque d’être incarcérés par des agents de l’ordre en patrouille. Cas qui est résolu souvent avec moins que des frais qu’on peut payer à l’hôtel.

Pourquoi ne pas reconnaître que Kinshasa n’est pas que ce que nous venons d’évoquer ? Puisque c’est aussi une ville où foisonnent toutes les antivaleurs, vol, viol, escroquerie, trafic d’influence, assassinats, ville de libulu Manzengele,  libulu Mopulu et libulu Petit pont, des chantiers non achevés et nous en passons. Le tableau serait moins réaliste si nous ne fustigions pas le bruit distillé à plusieurs décibels avec cette musique d’un autre genre, musique qui  n’a rien de musique mais qui a tout d’une guerre, tant il y a cette cacophonie.

Enfin, cette ville qui est devenue celle des Kuluna, de vol par effraction, des escrocs, une ville où l’individualisme l’importe sur l’altruisme, où la modernité (mais quelle modernité ?) a dominé la tradition. Pourquoi ne pas reconnaître que Kinshasa d’aujourd’hui est l’antithèse de Léopoldville et même de la ville de Jadotville (Likasi) ?

Au vu de ce petit tableau dont les éléments ne sont qu’un petit échantillon représentatif et de Léopoldville de l’époque et de Kinshasa d’aujourd’hui, il ne reste qu’à s’écrier, comme Cicéron : O Mores, O Tempora. Que faire pour rapprocher, tant soit peu, Kinshasa de Léopoldville ? Rien, sauf tout. La balle est dans le camp de tous, gouvernants, et gouvernés.

Magister Baseke.

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