De l’attaque à l’incendie : changement de tactique ? La prison de Munzenze à Goma  incendiée

La prison de Munzenze à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu a pris feu mardi 1er août. Un incendie que les autorités congolaises ont assimilé à une tentative d’évasion de prisonniers. Cette fois-ci, s’il faut attribuer cet incendie à un acte prémédité de ces assaillants qui ont priis pour métier l’attaque des maisons carcérales, la prison de Goma, elle, a échappé à une attaque. C’est par un incendie que les  » assaillants  » ont tenté de faire évader des prisonniers. Il n’ya eu ni mort ni blessé. Cependant, une femme et deux garçons ayant perdu connaissance ont été évacués par une ambulance.

D’immenses flammes qui jaillissent à l’intérieur des murs, des fenêtres recouvertes de suie, un épais panache de fumée… Les images, qui circulent sur les réseaux sociaux, laissent peu de place au doute sur l’étendue du désastre à la prison centrale de Munzenze à Goma.

C’est le bloc qui héberge les femmes et les enfants qui a pris feu. La partie de la prison touchée est complètement consumée par cet incendie si bien qu’il n’y a plus rien à récupérer, selon le directeur de la prison, Patrick Mukendi, cité par l’AFP.

Un agent de la prison  a accusé les mineurs d’avoir  » mis le feu sur leurs matelas puisqu’ils ont été privés de nourriture durant trois jours « , une version corroborée par trois autres agents interrogés. Selon l’AFP, une femme et deux garçons ayant perdu connaissance ont été évacués par une ambulance,  alors que des camions anti-incendie de la mission de l’ONU (Monusco) s’activaient à éteindre le feu. Le pavillon incendié a été récemment construit par la Monusco.

Le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, a parlé d’une tentative d’évasion.  » D’après ce que l’on sait, il s’agit d’une tentative d’évasion « , se réjouissant que personne parmi les prisonniers ne se soit échappé.  » Nous allons ouvrir une enquête pour éclaircir les circonstances de cet acte criminel. « , a-t-il promis

 » Le feu a pris vers 13h30 dans la zone qui comprend le quartier des femmes, le tribunal des enfants et l’établissement de garde pour enfants, indique Fabienne Pompey, porte-parole de la Monusco. Nous avons apporté notre aide afin d’éteindre le feu. Selon nos informations, un enfant a été intoxiqué par la fumée et a été emmené à l’hôpital. »

 

Environ 1 500 détenus

La prison de Muzenze  a été construite lors de la colonisation belge et conçue pour une capacité de 150 détenus, elle accueille aujourd’hui environ 1 500 détenus. Elle a été en partie réhabilitée avec l’aide de la Monusco.

En 2009, cette prison avait été le théâtre d’une violente mutinerie, suivie d’une tentative d’évasion, qui s’étaient soldées par la mort d’un policier et d’un détenu. Le manque de prise en charge alimentaire et d’accès aux soins de santé pour pensionnaires des prisons de la RDC avaient alors été mis en cause par l’Onu..

Lors d’une visite en avril 2014 dans la prison de Munzenze, le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en RDC, Martin Kobler, s’était ému du sort réservé aux détenus, en constatant notamment l’absence de toilettes dans le quartier populaire.  » Ce que j’ai vu à Munzenze constitue non seulement un non-respect du droit des prisonniers, quels que soient les crimes commis, mais c’est aussi un scandale « , avait-il alors déclaré.

A cette époque, la prison centrale de Goma abritait 1049 détenus militaires et civils, parmi lesquels 37 femmes.

Les prisons congolaises sont dans la majorité surpeuplées, mal entretenues et les prisonniers vivent essentiellement grâce à leurs proches.

Depuis le 17 mai, l’attaque du Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (CPRK), ex-Prison centrale de Makala, et l’évasion spectaculaire de près de 5 000 prisonniers et détenus, a donné quasiment le coup d’envoi d’une série d’attaques et d’évasions de nombreuses maisons carcérales à travers le territoire du pays.

Ainsi des centaines de détenus se sont évadés après les attaques de la prison de la capitale Kinshasa, de Béni au Nord-Kivu, à Kasangulu et à Boma dans la province du Kongo Central, à Kalemie au Tanganyika, à Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu….

François Salu

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