Désordre aux postes frontaliers : Aveu d’impuissance du gouvernement ?

Le gouvernement s’est réuni au cours du week-end qui vient de s’achever. A en croire le compte-rendu du ministre Lambert Mende de la Communication et porte-parole du gouvernement, la situation économique du pays serait préoccupante. C’est le constat fait par les membres de la commission qui s’est rendue dans les différents postes  frontaliers de nombreuses provinces du pays. Dans ces différents postes frontaliers, les membres de la commission ont pu se rendre compte de la perte de recettes pour le Trésor public orchestré par les nombreux groupes maffieux qui y pullulent. Dans ces postes frontaliers les directives du gouvernement central sur les 4 services devant y fonctionner sont foulées au pied.

 

Pour parer à cette situation, des décisions ont été prises. Parmi celles-ci, la publication des noms des personnes concernés qui devront subir la rigueur de la loi etc. Si les décisions prises au cours du conseil des ministres vont dans le sens de mettre fin à la foire aux empoignes à laquelle on assiste dans nos différents postes frontaliers, où les agents se battent plus pour eux-mêmes que pour l’Etat leur employeur, ces mesures, pensons-nous, ne suffisent  pas. Il faut aller beaucoup plus en profondeur pour essayer de comprendre pourquoi à nos différents postes frontaliers, les Congolais font exception. La situation est pareille à la grande barrière à Goma. Au Rwanda voisin, c’est l’ordre alors que chez nous, c’est la cohue, le désordre etc.

A Lufu, les Angolais font exception. Quand vous traversez le pont vous savez à qui vous devez vous adresser. Et quels sont les documents dont vous devez disposer. Pareil à Kasumbalesa. De l’ordre du côté zambien et le désordre du côté congolais. Pour ne prendre que la province du Kongo Central,  les routes menant à Lufu, à Yema avec le Cabinda, à Kasundi, et partout ailleurs sont asphaltées alors que du côté congolais c’est la terre battue qui est le dénominateur commun.

En clair, sanctionner les responsables de cette situation dans nos postes frontaliers ne suffit pas. Le Premier ministre Muzito en son temps avait fait face à ce même problème qui perdure jusqu’à ce jour. D’où la question de savoir si ce n’est pas l’Etat, le gouvernement qui fait là l’aveu de son impuissance devant ces groupes maffieux. Et que malgré les sanctions, si sanctions il y aura, la situation demeurera la même. Parce que pour beaucoup de compatriotes, cette situation est entretenue en haut lieu. Les fonctionnaires indélicats à la base de cette situation étant soutenus par leurs chefs hiérarchiques respectifs. Ils savent que s’ils sont suspendus, ils les seront pour un temps : Le temps de faire passer la bourrasque et de se voir promus ailleurs. Comment voulez-vous que les choses marchent quand ces fonctionnaires savent que l’impunité est la règle.

Le gouvernement a l’obligation de faire donc une autocritique sévère de son action, en prenant en compte la lancinante question de l’homme congolais. Parce que si partout ailleurs, le fonctionnaire, le fils du pays, voit toujours l’intérêt de son pays, en RD Congo, le Congolais voit d’abord son intérêt. Il est prêt à tout pour se faire de l’argent au détriment de la République et de son pays. Voilà pourquoi les différents trafics de bois, de pointes d’ivoire, de drogue, de cassitérite, de coltan, la fraude douanière, la minorisation de l’impôt, le trafic de faux documents scolaires, administratifs se portent bien en RDC. S’ils se portent bien, c’est parce qu’ils bénéficient de la complicité des fils et filles du pays.

Peut-on après le constat malheureux fait renverser durablement la tendance ? Peut-on vraiment changer les choses avec un homme congolais si pourri ? Parce que le problème demeure l’homme congolais qui aujourd’hui, dans une société en crise, crise d’identité et lutti quanti, n’a plus de repères. En clair, sans moralisation de la société, en commençant par nos dirigeants qui devront montrer  l’exemple, on continuera à tourner en rond.

Philippe Mbayi Wete

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