Dialogue politique national : Démissions, exclusions, débauchages, suspicions… : tous les coups permis

* Si l’on garde le même montant du perdiem des réunions du Comité préparatoire du dialogue, chaque membre de ce forum touchera …280 dollars par jour. Qu’il faudra multiplier par le nombre des jours et par celui des participants.

* Si le souhait exprimé de  quelques personnes est de voir les travaux du dialogue prendre seulement deux semaines, le souhait tacite de la majorité est qu’il aille plus loin que souhaité !.

Au fur et à mesure que le dialogue politique national que tout le monde veut inclusif évolue, l’on découvre, chemin faisant, pourquoi certaines personnes se sont investies pour que cette rencontre entre Congolais ait lieu à tout prix. Les enjeux et les appétits divergents des uns et des autres sont tels que tous les coups sont permis. Et, alors que le dialogue n’a fait que démarrer, l’on remarque que sur le terrain les alliances se font et se défont au gré des intérêts, sur fond de démissions des uns, d’exclusion des autres, de débauchages, de suspicions envers les uns et les autres…L’UNC de Vital Kamerhe, le MLC de J.-P. Bemba sont déjà fissurés.

Lorsqu’ ‘en novembre 2015, le chef de l’Etat Joseph Kabila l’a initié, le dialogue national n’avait pas préfiguré un tel engouement et l’on était loin d’envisager de tels dégâts au sein des partis politiques ou plates-formes de tous bords, de la société civile et autres composantes. Du moins pour ceux qui sont peu avertis sur les appétits que suscitent des rencontres de ce genre. Cependant, les esprits avisés avaient déjà prédit un tel engouement.

La bataille a commencé lors de la constitution des groupes devant faire partie du Comité préparatoire dudit dialogue. Chacun était prêt à sacrifier tout pour figurer sur la liste des heureux  » élus « . Tous les moyens étaient mis en branle pour y parvenir : récusation de la qualité de certaines personnes comme membres de telle ou telle composante…

Une semaine après le début effectif du forum entre Congolais, plusieurs voix s’élèvent de partout pour récuser la qualité de telle ou telle personne comme membre de tel ou tel autre parti politique ou société civile, pour réclamer une place au sein du dialogue. Si bien qu’aujourd’hui, le débat au dialogue tourne autour de l’augmentation de l’effectif de ses membres  De 200 membres, en raison de 68 personnes pour la MP, autant pour l’opposition, 39 pour la société civile et 25 autres personnalités, du départ, on tend vers 285 membres du dialogue…

 

L’UNC et le MLC fissurés

Si certains partis politiques de l’opposition s’opposent à participer au dialogue au motif qu’il prépare les conditions au président Joseph Kabila de briguer un troisième mandat, il y en a qui doivent maudire cette rencontre entre Congolais car sa tenue a secoué de l’intérieur certains partis politiques.

C’est le cas, entre autres de l’Union pour la nation congolaise de Vital Kamerhe et du Mouvement de libération du Congo de Jean-Pierre Bemba Gombo. Après la démission de deux ses cadres, Jean-Bertrand Ewanga Is’ewanga (le 30 août) et Claudel-André Lubaya (le 3 septembre), respectivement ancien secrétaire général et 1er secrétaire général adjoint du parti chargé de l’organisation, de l’implantation et du suivi des fédérations, la direction politique nationale de ce parti, après avoir pris acte de ce qu’elle a appelé auto-exclusion, les a tout simplement exclus.

Après avoir mené campagne contre le dialogue, l’UNC Vital Kamerhe a finalement accepté d’y participer en obtenant le poste de co-modérateur du dialogue. Avant que Jean-Bertrand Ewanga, qui avait participé au Comité préparatoire, ne claque la porte du dialogue en dénonçant un désaccord avec son parti sur la question du dialogue qu’il a estimé  » comporter un danger pour l’avenir démocratique du pays « .

Quant à Claudel-André Lubaya, il a démissionné, pour exprimer son « désaccord à la nouvelle ligne de son parti et son indisponibilité à l’accompagner sur cette voie ».

Mais certaines personnes bien informées sur le dossier de cette démission accusent les deux anciens cadres de l’UNC d’avoir été corrompus par un autre haut cadre de l’opposition dont les appétits politiques ne font pas plaisir à l’ancien président de l’Assemblée nationale.

Le parti politique cher à Jean-Pierre Bemba, le MLC,  à son tour, n’est pas épargné par les secousses sismiques du dialogue. Six députés du MLC viennent d’être radiés de cette formation politique. Leur péché : avoir accepté de prendre part au dialogue auquel le MLC a dit  » niet « .

Le bureau politique du  Mouvement de libération du Congo (MLC) a décidé lundi 5 septembre de radier ses six députés qui ont pris part aux travaux du comité préparatoire du dialogue politique et au dialogue proprement dit sans autorisation de la hiérarchie de leur parti.

Les députés radiés sont  Akpanza Mumbuli Nicolas, élu de Basakusu, Bokolo Vicky, élu de Zongo, Aundangba Freddy, élu de Lisala, Indole, élu de Lukunga, Kumu Pathy, élu de Bumba et Lomanga, élu de Bokungu

Par ailleurs, les membres du bureau politique du MLC interdisent à tout cadre ou militant faisant partie ou pas des institutions de la République tant au niveau national que provincial de participer « à ce fameux dialogue politique », au risque de s’exposer aux mêmes sanctions.

 

 » Revoir les alliances conclues « 

Le bureau politique de ce parti demande à son secrétaire général « de revoir les alliances conclues avec certains partis politiques qui ne partagent plus la même vision idéologique que le MLC ». Lorsque les alliances se font et se défont au gré des intérêts divergents des uns et des autres !

Dans l’entre-temps, on parle, quoiqu’au conditionnel pour l’instant, d’un grand cadre du Parti lumumbiste unifié (Palu), cher au patriarche Antoine Gizenga, qui serait également à la porte de sortie. Il lui serait reproché d’avoir trafiqué à son propre profit à des personnes non membres de ce parti, plusieurs places réservées au Palu dans le dialogue.

Comme quoi, le dialogue est une rencontre d’un grand nombre d’intérêts égoïstes et d’un petit nombre  d’intérêts communautaires ! Dans cette confusion, tout discours passe toujours au nom du peuple congolais.

Après avoir, dans un premier temps, refusé de participer au comité préparatoire du dialogue, c’est au nom de l' »inclusivité » pour la paix que l’autorité morale de l’OR, Léon Kengo wa Dondo  est revenu aux meilleurs sentiments en décidant de rejoindre le comité préparatoire, pour mener un combat en interne pour mettre tous les Congolais autour d’une même table en vue des solutions consensuelles aux problèmes liés à l’avenir politique de la RDC.

Mais il a fallu de peu que le président du Sénat claque la porte du dialogue. Il aurait été frustré par le grand honneur fait à Vital Kamerhe nommé co-médiateur du dialogue, avec en perspective, un autre poste plus valeureux, plus juteux après le dialogue ! Qui a juré que le dialogue ne devrait jamais accoucher d’un gouvernement d’union nationale !

A tout prendre, le dialogue est loin d’avoir livré ses grands secrets !

Kléber Kungu

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