Etat inexistant

Plusieurs lois votées par le Parlement et dûment promulguées par le chef de l’Etat n’ont jamais été exécutées par le gouvernement. La plupart des mesures prises par le gouvernement lui-même ne sont pas appliquées. Il en est de même au niveau des provinces où les édits des gouverneurs moisissent dans les tiroirs. Les exemples sont légion pour illustrer nos allégations. Le dernier en date est la mesure prise par le ministre de l’Economie pour faire face à la flambée des prix sur le marché. Au lieu de proposer au gouvernement des recommandations idoines pour s’attaquer au fond de la question, ce clerc de l’Etat a choisi une voie qui fait rire à certains.

En effet, suite à la dépréciation de la monnaie nationale face à la devise américaine, les prix sur le marché ont subi une hausse vertigineuse. Le panier de la ménagère s’est amoindri et les salaires ont perdu leur valeur réelle. Contre toute attente, le ministre de l’Economie, passant outre les réalités  économiques qui sont difficiles à falsifier, a adopté la méthode forte pour tenter tant soit peu de réduire les prix des biens de première nécessité sur le marché.

A cet effet, il a déployé les inspecteurs de son administration auprès des opérateurs économiques pour leur exiger la baisse des prix de leurs produits. Il est évident que cette approche caporaliste ne va produire aucun résultat positif. Au contraire, les commerçants risquent d’entrer en  » rébellion  » avec toutes les conséquences que cela va entraîner, notamment la rareté de certains produits sur le marché. Cette situation va sans doute provoquer la surchauffe des prix, sans oublier les tracasseries que ces inspecteurs vont exercer sur les opérateurs économiques dans le seul but de les truander à leur seul profit.

Ce que nous déplorons au niveau du ministère de l’Economie se constate malheureusement dans beaucoup d’autres secteurs de la vie nationale. Tel est l’exemple de la récente décision de nouvelles autorités de la Police nationale de la ville de Kinshasa interdisant la circulation des motos à travers la commune de Gombe. A voir les choses comme elles se passent sur le terrain, on dirait que cette décision est venue amplifier la présence des motocyclistes appelés communément  » Wewa  » sur les artères de Gombe.  Ils deviennent omniprésents partout, même sur le boulevard du 30 juin. Aussi curieux que cela puisse paraître, le Commissaire provincial de la police/ville de Kinshasa demeure apathique face à ce défi lui lancé par les Wewa.

Un autre exemple typique est la décision gouvernementale réduisant à quatre le nombre des services devant  prester dans les postes frontaliers. Plusieurs années après, cette mesure est foulée aux pieds par les agents de l’Etat indélicats qui se font du beurre sur le dos des opérateurs économiques. Opérant au vu et au su de tous, personne ne les sanctionne. Il en est de même de l’interdiction des pollutions sonores dont les auteurs sont les détenteurs des débits de boisson et les églises de réveil. Ici aussi aucune sanction n’est prise à l’encontre des contrevenants. Au contraire, nous apercevons dans certains de ces milieux des autorités qui sont censées réprimer ces hors-la-loi.

Aujourd’hui, la déliquescence de l’Etat est avérée. Plus les responsables étatiques à divers niveaux ne savent pas faire appliquer les décisions qu’elles-mêmes prennent, plus elles perdent  leur autorité vis-à-vis de leurs administrés. Nous tendons alors là vers une république véritablement bananière où la loi de la jungle prime sur les règles de bienséance. Puisque la RDC ne doit pas connaître un tel sort, les autorités à divers niveaux sont appelées à sortir de leur apathie pour exercer effectivement le pouvoir qu’elles  ont acquis de la manière que nous connaissons. Le pouvoir pour le pouvoir déshonore ceux qui le détiennent.

Rombaut  Ot

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