Haut-Katanga, Haut-Lomami et Lualaba : Luba et Twa déterrent la hache de guerre

Les Luba et les Twa (pygmées) sont loin d’avoir enterré définitivement leur hache de guerre, malgré le forum sur la paix et la réconciliation organisé à Kalemie, chef-lieu de la province du Tanganyika par le gouvernement central visant à les réconcilier. Ce qui provoque des déplacements importants de personnes fuyant ces affrontements. Entre-temps, l’épidémie de choléra sévit dans, la province du Haut-Lomami où le nombre des cas augmente de semaine en semaine.

Des déplacements de personnes ont été signalés vers fin mai dans les villages Kasongo Kamulumbi et Mutumbi, situés à environ 150 km de la cité de Pweto vers les localités de Kalamata, Mwashi et Mwenge, territoire de Pweto dans la province du Haut-Katanga.

D’anciens déplacés arrivés entre décembre 2016 et avril 2017, en provenance du territoire de Manono, province du Tanganyika figurent parmi les personnes qui se sont déplacées Certains villages, tel le site spontané de Mwashi qui vient d’accueillir ces personnes, abritent, depuis 2013, les anciens déplacés qui ont fui les violences des Mai-Mai Bakata Katanga dans le triangle de la mort  -Manono, Mitwaba et Pweto.

Les tracasseries perpétrées à leur endroit par la milice Luba, en conflit avec les Twa dans la province du Tanganyika sont à la base de ces déplacements. Le meurtre d’une femme Twa a servi de déclencheur pour réveiller les démons des Twa.

La même situation est observée dans les groupements Kasongo Mwana et Mwenge en territoire de Pweto. Ici, à la dernière semaine du mois de mai, on note le déplacement de près de 900 personnes à la suite d’un affrontement entre les Twa et les Luba pour se réfugier, les unes vers les cités de Kato et Mutabi, les autres vers le site spontané des déplacés de Mwenge, dans le même territoire, selon une Note d’informations humanitaires du 1er juin produite par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (Ocha).

Dans la province du Lualaba, ce sont plusieurs ménages de personnes dont le nombre n’est pas encore connu qui sont arrivés, le 16 mai dernier, dans le territoire de Dilolo, en provenance de la province du Lomami où ils ont fui les affrontements ayant opposé, le 10 mai, la milice Kamwina Nsapu et les Forces armées de la RDC (FARDC).

Parmi ces déplacés se trouvent d’anciens réfugiés rwandais de 1994 qui avaient été réintégrés dans la communauté, notamment dans les villages Tshabobo, Katsha, Lusuku et Tshilonda, province du Lomami et bénéficiant de la protection du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Ce nouveau déplacement vient gonfler le nombre de quelque 350 autres réfugiés rwandais dont la majorité se trouve à Dilolo depuis avril dernier.

Les déplacements de ces populations ne sont pas sans conséquences. Ils appellent une réponse humanitaire urgente pour des besoins énormes en termes de protection.

Un forum sur la paix et la réconciliation avait été organisé dans la province du Tanganyika au mois de février à Kalemie pour mettre fin aux violences entre les communautés bantou et pygmées qui s’affrontent depuis mai 2013 sur fond des conflits fonciers.

 

Protection

Entre avril et mai 2017, les autorités militaires du Lualaba ont appréhendé une soixantaine des miliciens de Kamwina Nsapu, dans la cité de Kapanga (Lualaba) dont plus de la moitié est constituée des enfants présumés miliciens. Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) a annoncé que ces enfants seraient acheminés, dans les prochains jours, à Lubumbashi où ils pourraient  bénéficier, pendant trois mois, d’un soutien psychosocial et d’autres accompagnements dans le Centre de transit et d’orientation (CTO), avant leur réunification familiale.

Comme le malheur ne vient jamais seul, la province du Haut-Lomami fait face à l’épidémie du choléra et le nombre des cas augmente de semaine en semaine. La situation est particulièrement inquiétante dans la zone de santé de Bukama qui a enregistré 267 cas, entre le 1er janvier et le 21 mai 2017, soit plus de 70% des 380 cas suspects de choléra pour toute la province, d’après la Division provinciale de la sante, selon la même source.

Trois semaines après la déclaration de l’épidémie par les autorités provinciales, la tendance de l’épidémie reste à la hausse, alors que la prise en charge correcte des malades et le déploiement des activités de prévention d’urgence tardent à se mettre en place, suite au manque de moyens financiers par les partenaires humanitaires.

 

Les malades soignés dans une parcelle privée sous les arbres

Pendant ce temps, apprend-on, la zone de santé, elle-même, essaie, tant bien que mal, de soigner les malades avec ses moyens assez limités. Mais, jusque-là, seule la Croix-rouge mène quelques activités de chloration dans la seule aire de santé de Kisangawa Bioni sur les 13 que compte la zone de santé de Bukama. Ce qui est insuffisant pour prévenir cette épidémie.

L’épidémie affecte déjà les zones de santé voisines de Kabondo Dianda et de Kikondja. A Kikondja, ce sont quatre des 24 aires de santé qui renferment de nombreux cas suspects de choléra, soit 40 cas suspects. Ces entités sanitaires ne disposent pas de structures de prises en charge, les malades sont soignés dans une parcelle privée sous les arbres et couchés à même le sol. D’après les acteurs de lutte contre le choléra, le tarissement des puits d’eau est à la base de cette flambée des cas suspects de choléra, à côté des autres facteurs aggravants dont les mouvements de population. La zone de santé de Kikondja regorgeait, au 31 mars 2017, près de 2 400 personnes déplacées internes en provenance du Tanganyika.

Dans la province du Lualaba, la zone de santé de Fungurume a enregistré un cas suspect de choléra, dans la semaine du 15 au 21 mai 2017, d’un homme d’une trentaine d’années venu de la zone de santé de Bukama. La proximité entre Fungurume et Lubumbashi -150 km- et le mouvement de personnes pour notamment le commerce peuvent aider l’épidémie  à menacer également la province du Haut-Katanga qui vient de sortir en 2016 d’une épidémie de choléra dans la zone de santé de Kilwa.

En plus, les difficultés qu’éprouve la Régideso de fournir depuis près d’un mois plusieurs quartiers périphériques en eau potable dans la ville de Lubumbashi forte de plus de 2 millions d’habitants, la Régideso poussent un grand nombre d’habitants à recourir aux puits traditionnels avec le risque de développer les maladies d’origine hydrique dont le choléra.

Ainsi les quartiers Sud – Katuba, Kenya, Kampemba et Kamalondo – qui connaissent de fortes concentrations de population avec des conditions d’hygiène précaire – sont les plus exposés. Des mesures d’hygiène individuelle et collective ainsi que la distribution des produits pour le traitement d’eau doivent être renforcées dans ces quartiers, conseille.ce rapport  produit par OCHA en collaboration avec les partenaires humanitaires et qui couvre la période du 18 mai au 1er juin.

Kléber Kungu

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