Indiscipline budgétaire

Le projet de budget pour l’exercice 2017 déposé dernièrement à l’Assemblée nationale par le gouvernement Tshibala se trouve présentement en examen à la commission économique et financière. Les membres de ladite commission ont le loisir d’apporter des aménagements soit dans le sens de la hausse soit dans le sens de la baisse des prévisions proposées par l’équipe Tshibala. La plénière de la chambre basse aura le dernier mot avant la transmission du projet de loi des finances au Sénat. Ce n’est qu’après que le président de la République promulguera la loi portant finances pour l’exercice 2017.

Chaque année, nous vivons le même scénario. Des tonnes de papiers sont gaspillées pour produire ce texte de loi et ses annexes. Des milliers de fascicules sont distribuées dans les institutions et services publics pour permettre aux cadres et agents de s’imprégner des détails du budget de l’Etat. Malheureusement, aucun budget n’a connu une exécution correcte en RDC. L’indiscipline budgétaire qui caractérise le pays de Kasa-Vubu depuis la tristement célèbre 2ème République s’est institutionnalisée après l’avènement au pouvoir de l’AFDL en mai 1997. Nous pourrions même dire qu’elle s’est renforcée.

Cette année, nous allons sans doute vivre la même situation. Et pour cause ? Jusqu’à ce jour, le Comité national de suivi de l’Accord du 31 décembre (CNSA), une institution dont l’importance n’est pas à démontrer et qui aura besoin des fonds importants pour son fonctionnement, n’est pas encore mis sur pied. Cela veut dire qu’il n’est pas pris en compte dans le budget sous examen à l’Assemblée nationale. D’où proviendront les moyens avec lesquels il va fonctionner ? Sans doute le gouvernement procédera-t-il à des coupes par-ci par- là au bénéfice de cette institution. Nous allons tomber inévitablement dans le cas d’indiscipline que nous déplorons.

Les années antérieures, nous avons connu plusieurs cas de ce genre. L’exemple le plus patent est celui du  Mécanisme national de suivi de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba créé vaille que vaille par le gouvernement en pleine année budgétaire. Pour faire fonctionner ce service, le gouvernement a dû détourner le budget prévu pour le poste de Porte-parole de l’Opposition. Cet exercice, on s’en souvient, avait provoqué une vive polémique entre les députés de l’Opposition et le gouvernement.

Il y a eu aussi la construction du fameux immeuble du gouvernement dit  » Intelligent  » sur la place Royal, dans la commune de Gombe. Cette somptueuse bâtisse de neuf étages attire bien sûr bien d’égards des passants à cause de son architecture moderne. A quel prix a-t-elle été érigée et sur quelle rubrique des dépenses sont sortis les fonds ? Ce sont là les deux questions fondamentales que les spécialistes en finances publiques soulèvent pour stigmatiser l’indiscipline budgétaire qui caractérise la gouvernance rd congolaise.

A ces cas, il faut ajouter les sempiternelles dépenses  dites de  » souveraineté  » enregistrées chaque année. Cette rubrique ressemble à un tonneau des Danaïdes où sont insérées les dépenses aux contours flous que le gouvernement ne peut justifier.

Nous déplorons à juste titre d’ailleurs la modicité du budget de la RDC. Le comble dans la gouvernance de ce pays est surtout la très mauvaise répartition des recettes et leur affectation irrationnelle qui ne privilégie pas les investissements porteurs des richesses. Les députés nationaux, autorité budgétaire, sauront-ils rectifier le tir en cette période où ils sont déjà dans l’illégitimité ? Rien n’est sûr. Mais on ne sait jamais, l’homme étant capable du meilleur comme du pire.

Rombaut Ot

 

Related posts