Inquiétant regain des violences au Nord-Kivu : Les groupes armés reprennent de plus belle de la couleur

L’environnement sécuritaire ne cesse de se dégrader davantage dans la province du Nord-Kivu, où l’on assiste ces jours, au grand dam des populations, à la multiplication de foyers de tension et de violences un peu partout à travers la province, par des groupes armés qui ont repris de plus belle du poil de la bête.

Décidemment, les nouvelles alarmantes qui proviennent du Nord-Kivu attestent si besoin en est encore que cette province martyr a malheureusement renoué avec le cycle infernal de violences lié au regain  de l’activisme des groupes armés avec tout ce qu’il comporte comme drame et préjudice sur les pauvres et innocentes populations civiles.

Malgré les efforts louables déployés par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) appuyées par les forces de la mission des Nations unies en RDC, pour libérer justement le Nord-Kivu de l’emprise des groupes armés, aujourd’hui  force est de constater que les différentes campagnes militaires menées sur le terrain ont montré leurs limites. Une  requalification des stratégies employées s’impose pour mettre définitivement un terme au drame des populations martyrs du Nord-Kivu  qui a plus que tant duré.

Inquiet à juste titre de l’enlisement des conflits armés sur cette partie du pays,  le caucus des députés nationaux  du Nord-Kivu a exprimé hier mardi 11 juillet courant son indignation devant l’incapacité des forces gouvernementales à rétablir la paix à la suite d’un énième  affrontement entre les FARDC et les miliciens Mai-Mai Charles Kakule à Ishasa, localité du territoire de Rutshuru.

Face à l’impuissance de Kinshasa à mettre fin à cette situation, les députés nationaux élus du Nord-Kivu  appellent à l’avènement d’un nouveau gouvernement issu des élections démocratiques et transparentes qui, soutiennent-t-ils, viendrait arrêter le cycle de violences et de conflits dans cette province.

Avant d’en arriver à la situation actuelle, le gouverneur de la province du Nord-Kivu redoutait déjà l’éclatement d’un nouveau conflit armé, qui se profilait à l’horizon sur base de certains indices avant-coureurs et des éléments à sa disposition. C’est un fait, le climat sécuritaire n’inspire plus confiance aujourd’hui dans la province du Nord-Kivu.  Une réponse adéquate est plus qu’attendue sur le terrain des opérations.  La vie et la sécurité des populations en dépendent.

En rapport avec la dégradation du climat sécuritaire due  à la montée en puissance de l’activisme des groupes armés, hier mardi 11 juillet courant, de violents affrontements ont opposé les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) aux miliciens Maï-Maï du groupe du chef milicien Charles Kakule à Ishasha, localité du territoire de Rutshuru située près de la frontière ougandaise.

 

Une attaque destinée à détourner l’attention

Selon plusieurs témoins, l’attaque contre la position des troupes loyalistes à Ishasha a été lancée vers 4 heures, rapportent des sources locales. Les militaires FARDC, affirme-t-on, ont été surpris par l’attaque du groupe rebelle avant de faire un repli stratégique pour « revenir en force plus tard.

Confirmant l’identité des assaillants,  le porte-parole des opérations militaires Sokola 2, le major Guillaume Njike Kaïko, a indiqué que ce sont les Maï-Maï de Charles Kakule qui ont attaqué l’armée. Cette attaque, a-t-il déclaré, est destinée à détourner l’attention après les pertes subies récemment par les miliciens dans le parc des Virunga.

« Les Forces armées de la République démocratique du Congo ont délogé les Maï-Maï tout autour du lac Edouard, mais aussi en profondeur dans le Parc National des Virunga, là où ces groupes armés s’approvisionnaient en pratiquant la pêche illicite, en détruisant la faune et la flore. Ce qui leur permettait d’avoir beaucoup plus de moyens. Ayant compris ce modus operandi, les forces gouvernementales sont parvenues à les déloger et à couper ainsi leur ravitaillement.  C’est la raison pour laquelle ces derniers ont pour objectif de détourner l’attention des forces armées », a expliqué le major Guillaume Njike Kaiko.

A en croire les mêmes sources, les combats entre  les militaires FARDC et  les miliciens du groupe Charles Kakule se sont  déroulés toute la matinée d’hier mardi 11 juillet courant. Face à la résistance opposée,  l’Etat-major du secteur opérationnel Sokola 2 a dû dépêcher un renfort militaire sur place.  Jusque là aucun bilan n’est donné.  Premiers à payer le prix, les habitants d’Ishasha ont quitté la localité, trouvant refuge loin de la zone des combats.

Par ailleurs,  dans le territoire de Lubero,  des miliciens Maï-Maï Mazembe ont attaqué la semaine dernière  la localité de Kipese et paralysé  les activités dans tout le territoire, où des magasins avaient été fermés.

Quelques jours auparavant, l’organisation non gouvernementale  la Convention pour le respect des droits de l’homme (CRDH) avait dénoncé la multiplicité des groupes armés qui rend difficile la vie des habitants de plusieurs  villages du territoire de Lubero.

Craignant pour leur sécurité,  la population de Kipese était contrainte d’abandonner leur village pour aller vivre en brousse suite aux accrochages survenus, depuis le dimanche 9 juillet courant  entre les forces gouvernementales et les Maï-Maï Mazembe.

Affecté par  la précarité ainsi créée, le secrétaire exécutif de la Convention pour le respect des droits de l’homme (CRDH), Olivier Kinzandu, a plaidé pour une assistance humanitaire en faveur de ces populations qui ont fui les unes dans la foret, les autres vers les milieux plus ou moins sécurisés.

« La population de Kipese est en débandade. Elle vit en brousse sans abris, sans nourritures sans couvertures… Nous, en tant qu’activistes des droits humains, nous lançons un appel pathétique aux autorités du pays et aux personnes de bonne volonté de venir en aide à cette population », a-t-il  déploré.

Un délégué du gouverneur du Nord-Kivu à Kipese a effectivement reconnu que la situation sécuritaire est précaire dans son entité avant d’émettre le vœu  que les FARDC mettent ces miliciens hors d’état de nuire. Au regard de ce qui précède, la situation sécuritaire reste volatile et imprévisible. Elle peut se détériorer malheureusement à tout moment et n’importe où. Ainsi donc la population est appelée à dormir en laissant un œil bien ouvert.

Dovin Ntelolo Diasonga

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