Le Ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire interpellé à l’Assemblée nationale

La plénière de l’Assemblée nationale s’est retrouvée en séance le lundi passé pour un débat centré sur une question orale adressée à Steve Mbikayi, Ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire. La question orale, initiée par l’honorable Broris  Mbuku, portait principalement sur trois dossiers.

Le premier est un arrêté  ministériel portant transfert des agents. Le Ministre s’est permis de signer cet arrêté alors que le gouvernement assurait les affaires courantes. Une entorse grave dans l’exercice de ses fonctions, d’autant plus grave que le Premier Ministre Badibanga avait interdit à ses ministres de prendre des arrêtés après ceux, controversés, signés par le titulaire du Ministre des Transports et voies de communications. Sur le plan du fond, l’arrêté du Ministre Mbikayi a été pris de manière cavalière sans l’accord des institutions appelées à libérer les agents ou à les recevoir en leur sein. Il est apparu que cette opération a été une manœuvre pour couvrir l’engagement des agents qui ne fassent nullement partie des effectifs du personnel de l’ESU. Nous savons que le Ministre Steve Mbikayi est fondateur d’un parti politique dénommé Parti Travailliste (PT) en signe. Il ne serait pas étonnant qu’il ait tenté, par ce biais, de donner du travail aux militants de son parti.

Le second dossier abordé par Me Mbuku a trait à la carte d’étudiant, généralement délivrée par chaque institution universitaire ou de l’enseignement supérieur dans le cadre de l’autonomie de gestion que leur reconnait la loi. Le Ministre a interdit l’émission de la carte d’étudiant par les établissements eux-mêmes. Il  a décidé d’imposer une carte biométrique unique. Le marché de production de cette carte, il l’a confié à une entreprise tenez-vous bien, soudanaise. Il se pose dès lors des questions : qui finance l’opération, ou mieux qui a intérêt à financer cette opération ? Pourquoi confier un tel marché à un étranger qui de ce fait, disposera d’une banque de données enregistrant les renseignements sur les étudiants ? Quelles capacités possède cette entreprise pour produire les cartes d’étudiants pour toutes les institutions publiques et privées sur toute l’étendue du territoire national ? Ne s’agit-il pas tout simplement encore une fois d’une manœuvre pour amasser des millions de dollars sur le dos de l’étudiant ?

Enfin, l’honorable Mbuku s’est appesanti sur le dossier de construction d’un immeuble à l’ISC dont les travaux ont été confiés à un groupe chinois dans le cadre d’un contrat conclu, comme il se doit, par les autorités académiques de l’Institut. Cela n’a pas été du fait du Ministre de l’ESU qui s’est imposé, ignorant toutes les conséquences de son acte, à imposer un entrepreneur de son choix.

Tous ceux qui ont connu Steve Mbikayi avant sa nomination comme Ministre  de l’ESU du gouvernement Badibanga, ne s’étonnent pas de ces types d’excentricités dans son  chef. Il ne s’embarrasse pas des textes, qu’il n’a pas peut-être eu le temps de lire, sinon il aurait déjà compris que son pouvoir, en tant que Ministre de l’ESU est un pouvoir de tutelle qui joue un rôle d’orientation et de politique générale, et qu’il ne peut décider, dans les matières qui sont de son ressort, qui après avis du Conseil d’Administration des Institutions bénéficiant d’une autonomie de gestion garantie par la loi.

Il s’est même permis de réglementer la vente des syllabus aux étudiants en publiant un tarif pour chaque type relativement au nombre des pages. Le ridicule pouvait tuer.

Steve Mbikayi a été syndicaliste à l’ex-ONATRA où il était connu comme un agitateur utilisé même par les hommes de Mobutu lorsque Bouoré voulait accaparer cette société avec la complicité de certains fils de ce pays, à l’époque  dans l’opposition. C’est  quelqu’un qui , par ce biais, a réussi à négocier certaines positions jusqu’à devenir membre du Comité de gestion. De là coiffer un mégaministère comme l’ESU, il a fait le saut, mais un saut très périlleux pour des ambitions hors mesure.

André Matondo.

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