Les « Trois Glorieuses » du Congo/ On fêtait à Brazzaville, c’était la « guerre » à Kinshasa !

 

« On doit partir, Mabanza ! On doit fermer ! Ca crépite. Vous n’entendez pas les coups de fusils ? On doit faire vite car moi je suis bloqué maintenant !». Il est plus de 20 heures lorsque l’Editeur-délégué Valéry Mankenda, tiré à quatre épingles et téléphones en main, ouvre brusquement la porte de la salle de machines où Kléber Kungu, Roger Mabanza et Michel Kabeya mettent la dernière main sur l’édition de mardi 16 août courant. Ca tirait quelque part ! Mais où ?

 

Quelques minutes plus tôt, de la salle de machines où je pilote l’édition n° 5155, j’entends, sans y faire vraiment attention, des « tirs à l’arme lourde » lointains. Roger Mabanza, paire de lunettes visées, met en pages les toutes dernières pages. Nous sommes à quelques minutes du bouclage de l’édition. Alors que Michel Kabeya, l’encodeur, s’affaire à porter à la machine les corrections de « Défis sécuritaires. Un mois d’août sanglant pour l’Afrique qui brûle », l’article portant la signature de Jean-Pierre Seke.

Celui-ci  est près de partir après avoir minutieusement corrigé son article, le dernier à être mis en pages, ayant bénéficié d’ultimes touches de correction de Magister Baseke qui, lui, aussi, est sur le point de rentrer chez lui.

C’est sur ces entrefaites que surgit Valery Mankenda qui vocifère des ordres à Roger Mbanza, le très expérimenté metteur en pages. Faisant les cent pas entre la salle de machines et la rédaction, l’Editeur-délégué intime l’ordre de fermer et de partir car, annonce-t-il, « ca tire de quelque part ».

« On doit partir, Mabanza ! On doit fermer ! Ca crépite. Vous n’entendez pas les coups de fusils ? On doit faire vite car moi je suis bloqué maintenant !» se lamente Valery Mankenda, visiblement troublé. Mais ça tire d’où ?

Roger Mabnza et Michel Kabeya, d’une impassibilité des acteurs de film, exécutent leurs dernières tâches le plus calmement du monde. Moi, je ramasse vite mes effets que j’enfouis dans mon sac. Il faut s’apprêter à toute éventualité, on ne sait jamais ; me dis-je, quelque peu angoissé.

Magister Baseke va aux nouvelles. Il sort pour connaître un peu plus d’où ça tire. Quelques minutes, il revient, avec la nouvelle qui soulage un peu. « Les tirs viennent de Brazzaville », annonce-t-il d’une voix angoissante. Jean-Pierre Seke que l’on a cru parti, revient.

La nouvelle est loin d’apaiser le numéro un de L’Observateur qui ; toujours sur ses gardes, insiste qu’on fasse vite car, conclut-il, « ça peut traverser à tout moment ». Une guerre est toujours une guerre, et surtout qu’elle se déroule à quelques jets de pierre de la capitale de la République démocratique du Congo (RDC).

La nouvelle de Magister Baseke m’aide à me rappeler que les Congolais de Brazzaville sont en train de célébrer les Trois Glorieuses. Ces « coups de canon » que nous sommes en train d’entendre de loin ne sont, en réalité, que les feux d’artifice qui accompagnent la fête des Congolais ! Je me rappelle que j’ai suivi le matin sur RFI que nos frères de la rive droite du fleuve Congo fêtaient ce jour les « Trois Glorieuses ».

« Ah ! Je comprends. Ces coups de canon que nous entendons, ce sont les feux d’artifice que Brazzaville tirent à l’occasion de la fête de « Trois Glorieuses » que les Congolaises célèbrent ! » annoncé-je.

La tension baisse du coup ! L’Editeur-délégué peut se réjouir d’avoir encore plusieurs jours devant lui. La guerre tant redoutée avec ses coups de canon n’est pas pour aujourd’hui. Mais pour l’instant, mettons-nous à nous réjouir avec nos frères du Congo-Brazzaville qui célèbrent leur fête de « Trois Glorieuses ».

Sur le chemin du retour, je remarque nous étions de nombreux Kinois à avoir paniqué. Un des co-passagers de la voiture taxi qui me conduit répond à un appel de son correspondant. « Je suis à bord d’un taxi. Il n’ya pas de tirs. Ce sont des feux d’artifice qui sont tirés à Brazzaville », dit-il. L’autre passagère assise à ma droite renchérit dans le même sens, expliquant qu’elle avait aussi reçu un appel pareil de la part de ses proches.

Kléber Kungu

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