L’homme providentiel

Nous avons choisi aujourd’hui de parler d’un homme remarquable, qui ne cesse de bouleverser les cartes, de contraindre ses vis-à-vis à revoir constamment leurs calculs, et qui amène les afro pessimistes à se gratter la tête, à reconnaître, seuls devant leur conscience, que la RDC est capable du meilleur, même si elle semble se distinguer surtout dans le pire.

Cet homme, vous l’avez certainement déjà reconnu, c’est Jean-Florent Ibenge Ikwange, entraîneur de l’AS V.Club de Kinshasa, mais aussi sélectionneur national. Et c’est cette dernière casquette qui nous intéresse particulièrement aujourd’hui.

Il est connu -et c’est là une mauvaise maladie, une aliénation, une des principales tares qui minent encore l’Afrique, l’attirant inexorablement vers le bas-, que l’Afrique, d’une manière générale, et les Congolais en particulier, développent depuis des lustres cette incroyable manie de préférer et de n’apprécier que ce qui vient d’ailleurs, de l’extérieur, et particulièrement de l’Occident.

Que n’a-t-on pas entendu lorsqu’il avait été nommé à la tête de l’équipe nationale de football de la RDC ? Des critiques les plus acerbes sont venues, tout particulièrement, de ses compatriotes, qui étaient pourtant censés le protéger, l’encourager.

D’une manière générale, nos pays sont encore dominés par la magie du blanc. C’est l’homme blanc qui sait tout faire, en face du noir incompétent.

Nombreux ne fournissent aucun effort pour réaliser que, très souvent, la différence vient de la formation, en amont, puis, en aval, de l’équipement et de la motivation.

Tout part donc de la formation. La déliquescence de l’enseignement dans notre pays, le mirage de la réussite facile et la domination par la loi du moindre effort préparent plusieurs compatriotes à l’échec, quel que soit leur domaine d’activités, au moment où il est attendu d’eux des résultats performants.

Les Occidentaux, d’une manière générale, travaillent de manière professionnelle dans tout ce qu’ils font. Ici on parle du professionnalisme comme s’il s’agissait d’un mot creux, dépourvu de quintessence.

Or, beaucoup hésiteraient franchement à employer ce mot s’ils en connaissaient la profondeur et, surtout, les exigences. Car s’il n’était pas humain, le professionnalisme se confondrait à la perfection. Il exige donc énormément d’exigences, qui mettraient hors d’état de nuire tous ceux, parmi les dirigeants de nos sports, qui ne sont que de regrettables aventuriers.

Quant à la motivation, c’est l’autre cloison qui nous sépare des gens sérieux. Lorsque les pays africains engagent ceux qu’on appelle pittoresquement  » sorciers blancs « , ils ouvrent leurs valises, et en découvrent les fonds. Ils sortent de grands moyens, même si certains d’entre ces entraîneurs sont, en réalité, limités.

Ceux-ci, qui ont oublié d’être bêtes, arrivent en terre africaine avec des idées tranchées, plus informés que jamais. Confiants du complexe de supériorité qu’ils exercent sur ces dirigeants, ils montent toujours les enchères, exigent toujours plus, en termes d’émoluments de rêve, en plus des conditions de vie princières.

Mais lorsqu’il faut confier les mêmes charges aux nationaux, avec les mêmes exigences de résultats, nos dirigeants deviennent très hésitants et étonnamment lourds quant à leur offrir des moyens légèrement inférieurs, alors qu’ils devraient les considérer sur un même pied d’égalité.

En tout cas, Ibenge est un homme providentiel, un pain béni pour le pays. A celui-ci d’en tirer le plus grand profit, en le traitant comme il le mérite.

Valéry Mankenda

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