Lors de son premier témoignage devant la CPI :  Bosco Ntaganda se présente sous son meilleur jour

Dans son premier témoignage fait mercredi 14 juin devant la Cour pénale internationale (CPI), Bosco Ntaganda, ancien chef de guerre congolais, s’est employé à se présenter sous son meilleur jour, à brosser pour lui-même le portrait le plus humain possible  Par des questions bien choisies, son avocat, Stéphane Bourgon,  l’a aidé à peindre ce tableau : se présenter comme  » un être humain « ..

Près de deux ans après l’ouverture de son procès, en septembre 2015, Bosco Ntaganda, surnommé « Terminator », en raison de sa cruauté, devait prendre la parole mercredi 14 juin pour la première fois devant la Cour pénale internationale, pour donner sa version des faits.

L’homme, qui a servi dans les rébellions rwandaises et congolaises, est accusé de treize crimes de guerre et de cinq crimes contre l’humanité dont meurtres, pillages, attaques contre des civils, viols et esclavage sexuel, commis par ses troupes en 2002-2003 en Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo. Bosco Ntaganda, qui plaide non coupable, a donc été entendu devant le juge de la CPI pour la première fois.

Arborant un costume sombre et une cravate bleue, l’ancien chef adjoint de l’état-major général des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC) a pris la parole en tant que premier témoin pour sa propre défense en témoignant face aux juges.

La prestation de serment faite en swahili, Bosco Ntaganda va répondre aux questions de son avocat sur son  âge, son lieu de naissance, sa religion, sa femme, ses enfants…Mais aussi le contexte dans lequel Bosco Ntaganda avait rejoint pour la première fois un groupe armé. Tout pour lui permettre de dresser un bon portrait, différent de celui que l’opinion fait de lui.

Un portrait à l’opposé de celui fait de lui par le procureur depuis le début de ce procès : un homme aux méthodes brutales, inhumaines, un homme à la gâchette facile. Bref, une version tronquée de ses faits d’armes, faisant l’impasse notamment sur tout le contexte régional dans lequel les attaques et les massacres ont eu lieu.

C’était en 1990, lorsque le Front patriotique rwandais, rébellion tutsi, lance son offensive contre Kigali. Bosco Ntaganda vit alors dans l’est de la RDC et n’a que 17 ans.  » J’étais encore étudiant, raconte l’ancien chef de guerre, la situation a commencé à changer dans toute cette partie rwandophone, là où nous vivions, cité par RFI. Nous avons appris que tous les tutsis seront tués. Lorsque nous avons entendu qu’il y avait des machettes qui venaient (pour tuer des Tutsis), tous ceux qui étaient forts ont pris la décision de rejoindre l’armée pour éviter d’être massacrés !  »

L’ancien chef de guerre congolais Bosco Ntaganda a affirmé  devant la CPI avoir aidé à mettre fin au génocide rwandais de 1994, où il a  » vu des horreurs « .

 » Je suis un de ceux qui ont mis fin à ce génocide « , a-t-il déclaré.  » J’étais très jeune mais j’étais déjà dans l’armée (…). J’étais commandant d’un peloton à ce moment-là et j’ai vu des horreurs.  »

 

Non coupable de 13 crimes de guerre

En septembre 2015, l’ancien rebelle avait plaidé non coupable des treize crimes de guerre et cinq crimes contre l’humanité qui lui sont reprochés, dont meurtres, pillages, attaques contre des civils, viols et esclavage sexuel, commis par ses troupes en 2002-2003 en Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo (RDC).

Né en 1973 au Rwanda, Bosco Ntaganda avait d’abord fait ses armes avec le Front patriotique rwandais (FPR), après avoir vécu dans les années 1980 dans le Masisi, territoire de la province du Nord-Kivu où vit une importante communauté rwandophone.

 » Je me rappelle quand on a mis fin au génocide rwandais, nos supérieurs avaient dit que ce que nous venions de voir, nous comme militaires, si nous le pouvions, nous devions tout faire pour que cela ne se répète plus en Afrique « , a encore expliqué l’accusé cité par l’AFP.

 » Cela m’a accompagné partout où je suis passé « , a-t-il affirmé d’une voix faible, en swahili.  » Et je me suis dit:  »Je ne veux plus qu’aucune autre communauté puisse vivre ce que ma communauté a vécu »  »

Issu d’une famille tutsi de six enfants, Bosco Ntaganda a  » perdu beaucoup de membres de (sa) famille « :  » Ceux qui sont restés au Rwanda ont été exterminés lors du génocide… mes tantes, mes jeunes oncles ont perdu la vie.  »

Pendant son témoignage qui s’étalera sur  plusieurs jours, Bosco Ntaganda a l’intention de décrire  » tout ce qu’il a fait durant le conflit « , avait-il promis, il y a quelques mois, son avocat, pour  » expliquer qui il est « .

Car la défense veut lisser la réputation de son client: celle d’un chef de guerre opportuniste et sans pitié au sein des rébellions où il a successivement évolué. Du génocide des Tutsi au Rwanda au Mouvement du 23 mars (M23) au Nord-Kivu, en passant par la rébellion de Laurent-Désiré Kabila qui mettra fin en 1997 à la longue dictature de Mobutu Sese Seko.

Durant 64 jours d’audience, l’accusation a présenté jusqu’au 16 février 71 témoins, 1.300 documents et onze témoins-experts comme éléments de preuves.

 

 » Un des commandants les plus importants « 

D’après la procureure Fatou Bensouda, Bosco Ntaganda  » était un des commandants les plus importants  » lors de crimes  » ethniques  » qui ont engendré la mort de 60.000 personnes.

Il est accusé d’avoir orchestré des attaques menées par les FPLC, ce bras armé de l’Union des patriotes congolais (UPC) à prédominance Hema combattant principalement des milices Lendu pour le contrôle de cette région aux nombreuses mines d’or.

Ces attaques laissaient derrière elles des corps « ligotés au niveau des bras », « en sous-vêtements », « éventrés », « les têtes écrasées par des pilons », avait rapporté un témoin devant la Cour.

Très imbu de lui-même et connu pour avoir la gâchette facile, le chef de guerre aurait donné les ordres, planifié et programmé les opérations, coordonné la logistique et fourni les armes. Il aurait aussi « recruté personnellement des enfants », selon Nicole Samson, représentante du bureau de la procureure. Des « kadogo », des « jeunes » en swahili, filles et garçons, qu’il choisissait pour son escorte personnelle et qu’il habillait et armait pour le combat.

La partie orientale de la RDC est déchirée par des guerres dont le nerf est le contrôle des ressources minières. Ces conflits ont impliqué les armées d’au moins six nations africaines et causé la mort de centaines de milliers de morts.

Bosco Ntanganda aura beau se peindre un portrait reluisant, il aura des difficultés d’effacer de la mémoire de nombreuses familles des victimes toutes stigmates que ses faits d’armes y aura laissées.

François Salu

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