Monument culturel :   Mobyem Mikanza naissait il y a 73 ans

Un peuple doit avoir de la mémoire. Il ne doit pas oublier ceux qui ont fait son histoire. Celle-ci est faite, justement, du présent qui devient forcément passé. Les hauts faits, ainsi que les hommes et les femmes qui en ont été l’incarnation, se doivent d’être rappelés à la mémoire collective.

On se souvient qu’il y a exactement deux ans, plus précisément le mardi 24 mars 2015, le Centre culturel Boboto avait vécu une ambiance particulière dans la soirée avec une représentation théâtrale exceptionnelle par la célèbre troupe londonienne, le  » Shakespeare Globe Theatre « .

Cette troupe était en train d’effectuer, depuis 2014, une tournée mondiale, dans pas moins de 250 pays, dans le cadre de la célébration du 450ème anniversaire de la naissance de William Shakespeare. Cette tournée prit deux ans à cette troupe. Et partout où elle était passée, les représentations diplomatiques britanniques des lieux y mettaient du leur.

La RDC a aussi ses Shakespeare. Norbert Mikanza Mobyem en est un. C’est l’un des plus grands, si pas, à ce jour, le plus grand. Un nom comme Mikanza ne devrait pas être plongé dans les oubliettes de l’histoire congolaise.

Cet homme a véritablement marqué son temps dans le domaine de l’art dramatique. Il a donné ses titres de noblesse au théâtre congolais. Grâce à lui, les gens avaient pris, ou repris, c’est selon, le goût d’aller voir les arts du spectacle.

Le Théâtre national, dont il était le directeur général de la Compagnie et qu’il a forgé de ses mains, a fait parler de la RDC partout, à travers le monde, où il était appelé à prester. Un monument de Norbert Mikanza, parti rejoindre les étoiles il y a aujourd’hui 23 ans, ne serait que juste reconnaissance.

Si le destin ne l’avait pas brutalement arraché à l’affection des siens le 27 septembre 1994, il aurait fêté aujourd’hui ses 73 ans d’âge. C’est en effet le 19 avril 1944 que Mikanza vit le jour, dans la maintenant ancienne Province du Bandundu.

La troupe théâtrale  » Les Masques terribles « , que dirige de main de Maître le Professeur Joseph Ndundu Kivwila, que tout le monde dans le milieu appelle affectueusement  » Vieux Masque « , du reste né la même année, n’a pas voulu passer sous silence cette date.

C’est dans ce cadre qu’elle annonce la sortie de  » Monnaie d’échange  » qui est, avec  » Procès à Makala « ,  » Notre sang « , et  » Tu es sa femme « , une des pièces majeures de Norbert Mikanza. L’ouvrage sera porté sur ses fonts baptismaux quelques temps après sa parution, à une date qui reste à fixer.

Mais de quoi parle  » Monnaie d’échange  » ? Cette pièce pose le problème du chômage des jeunes cadres dans un pays qui en a pourtant grandement besoin. Un étudiant regagne son pays d’origine après un long séjour de six ans dans un pays d’Europe pour raison d’études.

Il cherche vainement un emploi. Il est révolté d’apprendre que ce ne sont pas vraiment les postes qui manquent, mais qu’il lui faut corrompre avant de voir les portes s’ouvrir devant lui.

Contre sa volonté, cependant, sa sœur et ses amis lui trouvent un engagement dans l’administration publique. Il réagit alors violemment et l’irréparable arrive. C’est alors un passionnant procès qui s’ensuit.

Norbert Mikanza Mobyem a effectué ses études primaires et secondaires chez les Frères Joséphites de Kinzambi, au Sacré-Cœur de Kikwit, puis à l’Institut Don Bosco, actuellement Indobo.

Il va ensuite faire la régence à St Barthélémy, à liège, en Belgique. Il en sort Régent et va enseigner à Indobo, en 1966. Il y crée alors le  » Théâtre du petit nègre  » une année plus tard.

Ce théâtre voyage, récolte partout un succès fou. Puisqu’il est Frère, ses supérieurs trouvent bien vite incompatibles ses activités théâtrales et le corps auquel il appartient. Ils lui imposent alors un choix cornélien, entre la congrégation et le théâtre. Ce passionné du théâtre opte pour les arts.

Il descend alors à Kinshasa où il est nommé, en 1969, directeur de la Compagnie du théâtre national.

Il s’envole ensuite pour les Etats-Unis en 1973, précisément à Nashville, dans l’Etat du Tennessee, pour y apprendre le Secours d’art dramatique.

En 1975, il est Professeur de mise en scène à l’Institut national des arts (INA), tout en portant haut l’étendard du théâtre congolais.

Aucun de ceux qui ont vécu cette époque ne peut oublier ce qu’étaient les arts du spectacle, avec la Compagnie du théâtre national, qui comportait deux sections, le théâtre national et le ballet national.

On se souvient des œuvres demeurées immortelles comme  » Elima ngando « ,  » Lianja « ,  » Nkenge « …

Jean-Claude Ntuala

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