Nord-Kivu : Une réduction complète de l’accès humanitaire redoutée

Evoluer dans le secteur humanitaire dans la province du Nord-Kivu est un véritable parcours du combattant à cause principalement de l’insécurité liée à la présence des groupes armés opérant dans la plupart des zones de leurs interventions. Fréquemment pris pour cible, certains sont enlevés et risquent au quotidien leur vie.

La multiplication des attaques dont ils sont victimes  empêche malheureusement d’accomplir correctement leur mission au grand dam des milliers de personnes dans le besoin. Ces derniers jours, constate-t-on avec impuissance, les problèmes d’accès humanitaires persistent dans la province du Nord-Kivu où des interventions de certains partenaires humanitaires sont mises en « stand-by » dans les territoires de Rutshuru, Beni, Lubero, Masisi et Walikale.

A l’impossible, nul n’est tenu, dit-t-on. Aujourd’hui, les activités de ciblage des ménages vulnérables qui étaient en cours dans le groupement d’Ikobo, dans le territoire de Walikale, par les partenaires du programme de Réponse rapide aux mouvements de population (RRMP) sont suspendues pour des raisons sécuritaires.

La mesure ainsi prise, affirme le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), est la conséquence de l’enlèvement de quatre travailleurs humanitaires d’une organisation non gouvernementale Internationale survenu le 25 mai dernier au Sud du territoire de Lubero. Deux d’entre eux ont été libérés le même jour et deux autres ont été libérés cinq jours après, soit le 30 mai dernier.

Face à ce regain des violences, d’autres organisations redoutent une réduction complète de l’accès humanitaire si des mesures ne sont pas prises pour parer à l’insécurité grandissante dans plusieurs zones de la province.

Qu’à cela ne tienne, plus ou moins  15000 personnes vulnérables comprenant des personnes déplacées, retournées et population hôte, dans la zone d’Ikobo ont reçu du 16 au 21 mai dernier une aide alimentaire du Programme alimentaire mondial (PAM) et de son partenaire World Vision.

En faveur d’une accalmie relative observée, le PAM a repris cette distribution, après que l’organisme humanitaire initial pour cette distribution a suspendu ses activités dans le Nord-Kivu pour des raisons de sécurité.

Dans l’entre-temps, une organisation non gouvernementale locale fait état de plus de 750 ménages déplacés arrivés à Vukando, Matuna et Katanga, localités situées au Nord du territoire de Lubero.

 

Le vide sécuritaire à l’origine de déplacements à Masisi

En effet, cette arrivée massive de populations s’est faite en deux vagues: celle de 490 ménages arrivés entre décembre 2015 et mars 2016 et celle de 265 autres ménages d’avril et mai 2016. Ils proviennent des localités de Majengo, Malulu, Makali et Bongya, suite aux affrontements opposant deux groupes armés.

Par ailleurs, dans le territoire de Masisi, les partenaires humanitaires font état de la présence d’environ 10000 nouveaux déplacés dans la zone de Kitchanga. Cette présence en familles d’accueil est confirmée dans les localités de Kirumbu, Rugogwe, Nyampanika, Mweso, Mohongozi, Bushanga, Kabale et d’autres à Kitchanga centre.

Ces personnes déplacées sont arrivées depuis le 13 mai dernier en provenance de la zone Busumba et ses environs, après avoir fui le vide sécuritaire laissé par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). A en croire des sources humanitaires,  cette situation nécessite des évaluations dans les localités d’accueil.

Dans le cadre de la sécurité alimentaire, la Communauté des églises de pentecôte en Afrique centrale (CEPAC), avec l’appui de Läkarmissionen, a distribué le 16 mai dernier, des vivres d’urgence à 480 ménages déplacés à Mavivi, localité située à 16 kilomètres  au Nord de la ville de Beni.

Ayant pratiquement tout abandonné et démunis,  ces déplacés sont arrivés dans cette localité entre les mois de  novembre et de décembre 2015, en provenance de Kokola, Eringeti, Mayimoya, Opira et Linzo Sisene suite aux exactions commises par des éléments présumés de l’ADF et de leur traque par les FARDC.

A Eringeti,  localité située au Nord du territoire de Beni, les rapports du partenaire du PAM, LWF, renseignent que 90 % des ménages ciblés sont toujours présents dans la zone. Ainsi, la distribution générale de vivres a commencé le 28 mai dernier pour un total de 4632 ménages, soit près de 29000 personnes déplacées vulnérables et familles vulnérables à Eringeti et Luna.

En fait, il s’agit de la première distribution de vivres du PAM dans la région après plusieurs mois de stand-by en raison une fois de plus des attaques continuelles et de l’insécurité dans la zone, qui avait rendu l’accès aux sites et le ciblage des bénéficiaires difficile.

Bonne nouvelle. Il convient de savoir qu’à l’issue d’une évaluation menée du 10 au 14 mai dernier, l’organisation non gouvernementale International Rescue Commitee (IRC) va apporter un approvisionnement en médicaments et appuyer les primes des prestataires, ainsi que renforcer les capacités du personnel local des aires de santé de Pakanza et Tenambo, deux aires de santé à forte concentration de déplacés dans la zone d’Oicha.

Depuis quelques temps, la zone d’Oicha fait face à un afflux massif de déplacés qui fuient les tueries perpétrées  par des hommes armés dans plusieurs localités et villages situés au nord et dans les environs d’Oicha.

Dovin Ntelolo Diasonga

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