Nouveau locataire de la Maison Blanche  à partir du 20 janvier prochain : Donald Trump, le 45ème président américain qui fait peur au monde

A l’issue d’une campagne inédite, outrancière, émaillée de violences verbales, Donald Trump sort vainqueur d’une présidentielle qui a mis en lice deux candidats : un novice en politique et une femme, déjouant tous les sondages et pronostics qui le donnait perdant face à Hillary Clinton, candidate démocrate. Donald Trump, taxé de sexiste, de protectionniste et de xénophobe par ses adversaires, devient  le 45ème locataire de la Maison Blanche, au détriment de Hillary Clinton qui espérait devenir la première femme présidente des Etats-Unis. M. Trump succède ainsi à Barack Obama qui finit avec succès ses deux mandats avec une grande popularité. Mais la victoire du nouveau président américain est accueillie  dans le monde avec beaucoup de froideur, de surprise,…de  peur sur fond des marchés boursiers qui frétillent.

Jamais candidat à la présidentielle  américaine n’a surpris autant le monde aussi bien par son langage direct, dénué de tout caractère diplomatique, de real politik durant la campagne électorale, subissant, par conséquent, critiques, réprobations, et autres défections de ses partisans de sa famille politique. Jamais élection présidentielle n’a réservé autant de surprises, déjouant tous les sondeurs, tous  les médias les plus sérieux et autres pronostics des parieurs.

Si bien que sur la vingtaine d’instituts de sondage  américains et les 80 enquêtes menées depuis la rentrée, Hillary Clinton était donnée largement gagnante jusqu’à hier soir. Le matin du 8 novembre, la moyenne des sondages réalisée par le site Real Clear Politics, donnait encore plus de 3 points d’avance à la candidate démocrate.

Si l’arrivée de Barack Obama en 2008 avait suscité une vague d’espoir, celle de Donald Trump, pour certains analystes, à qui l’on peut concéder un alarmisme, va provoquer des effets négatifs qu’ils surnomment  » incendies  » qui vont embrasser tôt ou tard le monde. Ils prennent pour preuve les propos annonciateurs lâchés par Donald Trump au cours de la campagne.

Ainsi donc, les jours à venir, le monde devrait s’attendre aux incendies financier, politique, domestique, géopolitique. Ils vont embraser aussi bien les Etats-Unis d’Amérique que le reste du monde.

 

L’incendie financier

Le premier incendie va embraser les finances avec les marchés mondiaux qui ont déjà pris le coup au fur et à mesure que les résultats de la présidentielle tombaient.  Pour Philippe Boulet-Gercour, journaliste du Monde  qui est allé dans une analyse profonde des effets négatifs de l’élection de Trump à la Maison Blanche, il craint que les marchés mondiaux connaissent  » une sévère déflagration « .

Pour preuves : les propos sévères de Trump à l’encontre de Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale ; les doutes qu’il a émis (avant de revenir sur ses paroles) sur le devoir qu’avaient les Etats-Unis d’honorer leur dette ; son discours protectionniste ; sa promesse d’une confrontation musclée avec la Chine sur l’économie ; ses promesses fiscales aboutissant à un trou budgétaire abyssal.

Très pessimiste, il entrevoit un krach, sinon une récession mondiale qui pointe à l’horizon qui peut ne pas avoir lieu ou pas tout de suite. .

 

L’incendie domestique

Ce que l’analyste appelle  »  incendie domestique  » est consécutif à la promesse de M. Trump de construire un mur à la frontière du Mexique. Si on peut se réjouir à l’idée que ce projet reste irréaliste en raison de son coup élevé, cependant il y a lieu de s’inquiéter de son hostilité envers les immigrants, du reste, bien réelle/ Elle risque d’attiser les appétits de tous  tous les partisans d’une chasse à l’immigrant.  » On peut s’attendre, dans les prochains jours et semaines, craint l’analyste, à de fortes tensions pouvant déboucher sur de graves violences « , alors que le monde, les Etats-Unis a déjà plus de problèmes à résoudre avec les nombreux cas des Noirs tués par des policiers américains.

 

L’incendie géopolitique

L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche va certainement faire bouger les lignes.  » L’Europe a de quoi s’inquiéter : la position pro-russe de Trump va déstabiliser l’Otan, ses pays-membres n’étant plus automatiquement assurés d’être protégés par l’alliance d’une agression russe « , prévient Philippe Boulet-Gercour. En Ukraine, Poutine va se sentir pousser des ailes. En Syrie, il aura carte blanche pour poursuivre son soutien à Assad. L’Iran peut dire adieu à l’accord passé avec Washington, que Trump a dénoncé avec virulence depuis le début. Enfin, des pays comme la Corée du Sud ou l’Arabie Saoudite peuvent avoir la chance d’être tentés d’accéder à l’arme nucléaire, puisque le candidat a évoqué cette possibilité.

Par ailleurs, ajoute Philippe Boulet-Gercour,  » la COP21, négociée à l’arraché l’an dernier à Paris, risque de se voir porter un coup fatal. Le climato-sceptique Trump y est hostile, il préfère rouvrir les mines de charbon et débarrasser le pays de règlements encombrants. LEPA, l’Agence fédérale de protection de l’environnement haïe de la droite, sera émasculée.  »

 

L’incendie politique

Réduits à une minorité de blocage au Sénat, les Démocrates tenteront sans doute d’empêcher la nomination d’un juge ultra-réactionnaire à la Cour suprême. Ils n’y parviendront pas, les Républicains pouvant changer les règles et imposer une simple majorité.  » La démolition de la réforme de l’assurance-maladie d’Obama, le très célèbre  » Obama Care  » sera l’un de ses premiers actes de président. Une autre priorité sera de tout faire pour que Hillary Clinton soit poursuivie en justice, ce qui poussera les tensions avec les Démocrates à leur paroxysme « . a prévenu le confrère.

Les Républicains dits « raisonnables » du Congrès ont seriné la même petite musique dans les semaines précédant l’élection : il faudra compter sur le pouvoir du Congrès, Trump ne pourra pas faire n’importe quoi. Il ne sera que le plus puissant des Républicains. Sauf qu’avec sa victoire massive, ces conservateurs de l' »establishment » à la Paul Ryan ou Mitch McConnell, déjà impopulaires auprès des électeurs de Trump avant l’élection, seront en position de faiblesse.

Et de s’interroger :  » Tous ces incendies se déclareront-ils ? Peut-être pas. Mais une chose est sûre : la planète est priée d’attacher sa ceinture, cela va sacrément secouer.  »

Voilà autant d’épouvantails qui donnent des frissons au monde qui doit désormais apprendre à coopérer avec ce septuagénaire.

Une petite satisfaction. Si l’on peut déduire que les discours de campagne du candidat sont souvent différents du président, il y a lieu de se réjouir que M. Trump n’aura aucun intérêt de se mettre toute la planète sur son dos, tout puissant président soit-il.

Ainsi, en suivant son premier discours aussitôt les résultats officiels annoncés, on peut croire que le Trump candidat sera tout différent du Trump président. Celui-ci a promis d’être le président de tous les Américains avant d’appeler tous à  » panser les plaies de campagne « .

Donald Trump qui a promis de travailler avec tous ses compatriotes pour une Amérique unie doit relever le défi de ne pas décevoir les 200 millions d’Américains, ses électeurs et les autres, lui dont on accuse déjà de ne disposer d’aucun programme précis et qui est le premier président américain élu à n’avoir exercé aucune fonction politique, même au plus bas niveau ; donc sans expérience politique.

Milliardaire qui s’est enrichi dans l’immobilier, Donald Trump est présenté comme un président qui aura les yeux fermés et les oreilles bouchées face aux souffrances des pauvres et des tenants de la classe moyenne.

Voilà l’homme que les Américains ont choisi pour être à la tête de la première puissance économique et militaire du monde et qui a axé sa campagne sur le thème évocateur et sans équivoque :  » Make América Great « .

 

Joie à Bujumbura, Kinshasa, Kampala…

Que nombre de chefs d’Etat africains n’ont  pas tardé de féliciter pour son élection. C’est le cas du Burundais Pierre Nkurunziza, du Congolais Joseph Kabila, de l’Ougandais Yoweri Museveni…

 » Le président a félicité le peuple américain, commente au Monde Afrique Willy Nyamitwe, le conseiller en communication de Nkurunziza, car ce qui s’est passé aux Etats-Unis en 2016 est exactement ce qui s’est passé au Burundi en 2015. Les médias ont diabolisé Trump comme ils l’ont fait avec notre président mais le peuple a montré qu’il était à ses côtés. On sent bien que Trump est du côté des opprimés. Certainement qu’il regardera à deux fois avant de se prononcer sur le Burundi et ne croira pas tout ce qu’on lui dit. »

A Kampala, le président ougandais Yoweri Museveni, 72 ans dont trente au pouvoir, vieil allié des Etats-Unis, a été l’un des premiers à féliciter Donald Trump sur Twitter, apprend-on.

A Kinshasa, on a enregistré plusieurs réactions positives à l’élection de Donald Trump. Le président Joseph Kabila a, dans un communiqué, félicité Donald Trump pour sa  » brillante élection « et fait part de sa  » disponibilité  » pour travailler avec lui à l' » affermissement des relations d’amitié et de coopération  » existant entre la RDC et les Etats-Unis.

Le ministre congolais des Relations avec le Parlement, Tryphon Kin-Kiey Mulumba, a tenu à rappeler qu’il avait prévu cette élection depuis de longs mois.  » C’est l’échec de l’establishment, du politiquement correct, des professionnels de la politique et, d’une certaine manière, d’une politique basée sur la communication. Pour le reste, je note que les présidents républicains ont dans le passé été toujours plus proches de notre pays. Nixon, Reagan et Bush père ont été très proches du Congo « , a-t-il ajouté.

De son côté, un général congolais désirant garder l’anonymat a déclaré au Monde Afrique :  » C’est un coup dur pour les opposants qui ont beaucoup investi dans le club démocrate. Trump prône une politique de non-ingérence dans les affaires des autres Etats. Il va faire des Etats-Unis sa priorité. Clinton et Obama étaient de véritables leaders hégémoniques.  »

Et le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende de conclure :  » Nous sommes des souverainistes. L’administration démocrate a voulu nous gérer comme une province américaine, ce qui nous déplaît fortement. Ses actions unilatérales, comme imposer des sanctions à des officiels congolais pour des problèmes de politique intérieure, donnent une impression de colonialisme. Nous exigeons désormais que ces sanctions soient levées.  »

 

Inquiétude au Nigeria, en Tunisie…

Ce qui n’est pas le cas au Nigeria où l’on craint l’expulsion du territoire américain de la communauté nigériane qui compte quelque 300 000 Nigérians. Lors de sa campagne, le candidat Trump l’a promis. Dans ce pays, un pasteur s’est largement trompé en prédisant la victoire de Hillary Clinton. Temitope Balogun Joshua, pasteur et  » prophète  » nigérian, l’un des cinq prédicateurs les plus riches au monde, avait prédit la victoire d’Hillary Clinton. Conséquence : déferlement de réactions choquées, voire d’insultes, sur les réseaux sociaux – on ne plaisante pas avec la religion au Nigeria où cette fausse prophétie est prise au sérieux.

En Tunisie,  c’est l’inquiétude aussi. On y craint qu' » avec l’élection de Trump, la Tunisie sorte des écrans radars des Etats-Unis. Hillary Clinton était très attachée à la transition démocratique tunisienne. Désormais, les soutiens financiers et militaires américains à notre démocratie pourraient être réduits. Sans l’assistance d’un plan Marshall à notre économie en difficulté, notre transition démocratique pourrait dérailler. Washington a accordé en 2015 à la Tunisie le statut d’allié majeur non-membre de l’OTAN, ce qui avait préludé à l’intensification de la coopération sécuritaire face aux nouvelles menaces djihadistes. Cela va-t-il perdurer ? Cela peut encourager des forces antidémocratiques ou peu attachées à la démocratie dans notre paysage politique national « .

 

Les résultats définitifs du scrutin présidentiel aux États-Unis :

Donald Trump (278 grands électeurs)

Alaska 3 grands électeurs

Alabama – 9 grands électeurs

Arkansas – 6 grands électeurs

Caroline du Sud – 9 grands électeurs

Caroline du Nord – 15 grands électeurs

Dakota du Nord – 3 grands électeurs

Dakota du Sud – 3 grands électeurs

Floride – 29 grands électeurs

Georgie – 16 grands électeurs

Idaho – 4 grands électeurs

Indiana – 11 grands électeurs

Iowa – 6 grands électeurs

Kansas – 6 grands électeurs

Kentucky – 8 grands électeurs

Louisiane – 8 grands électeurs

Mississippi – 6 grands électeurs

Missouri – 10 grands électeurs

Montana – 3 grands électeurs

Nebraska – 5 grands électeurs

Pennsylvanie – 20 grands électeurs

Ohio – 18 grands électeurs

Oklahoma – 7 grands électeurs

Tennessee – 11 grands électeurs

Texas – 38 grands électeurs

Utah – 6 grands électeurs

Virginie occidentale – 5 grands électeurs

Wyoming – 3 grands électeurs

Wisconsin – 10 grands électeurs

 

Hillary Clinton (219 grands électeurs)

Californie – 55 grands électeurs

Colorado – 9 grands électeurs

Connecticut – 7 grands électeurs

Delaware – 3 grands électeurs

Hawai – 4 grands électeurs

Illinois – 20 grands électeurs

Maine – 4 grands électeurs

Maryland – 10 grands électeurs

Massachusetts – 11 grands électeurs

Nevada – 6 grands électeurs

New Jersey – 14 grands électeurs

New York – 29 grands électeurs

Nouveau-Mexique – 5 grands électeurs

Oregon – 7 grands électeurs

Rhode Island – 4 grands électeurs

VERMONT – 3 grands électeurs

VIRGINIE – 13 grands électeurs

Washington DC – 3 grands électeurs

Etat de Washington – 12 grands électeurs.

Kléber Kungu

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