Parents pauvres

Le mardi 1er août, les Congolais ont fêté les parents morts et vivants. Pour les morts, les cimetières de Kinshasa ont été littéralement pris d’assaut, de Mingadi au fin fond de la ville sur la route de Matadi à Nécropole entre ciel et terre dans la commune de N’sele en passant par le cimetière de Gombe.Ces parents qui sont passés dans l’au-delà sont appelés  » pauvres  » selon un jargon congolais. Ils sont appelés pauvres pour avoir perdu la vie, le don le plus précieux que Dieu ait donné à l’homme.C’est dans la douleur que les nombreux membres de famille qui ont fait le déplacement de ces lieux où reposent les leurs, ont retrouvé leurs tombes. Si ceux des morts étaient les soutiens de leurs familles, la journée de mardi a été une occasion d’un nouveau deuil parce que les vivants continuent à déplorer l’absence de ceux-là qui leur procuraient les subsides nécessaires à leur existence.

L’après-midi de cette même journée aurait été en principe le moment des réjouissances pendant lesquels les enfants, fiers de ceux qui leur ont donné la vie, se seraient retrouvés autour d’eux pour des cadeaux et un petit verre. Mais très peu de familles ont vécu ces moments agréables à cause de la basse conjoncture que connaît le pays. Cette situation morose qui met la plupart des parents dans l’impossibilité de subvenir aux besoins élémentaires de leurs progénitures fait d’eux des pauvres au vrai sens du terme. Comme les morts les parents vivants sont aussi des pauvres dont la situation se répercute sur leurs enfants, incapables d’apporter le sourire et le bonheur à leurs géniteurs.

Une des conséquences horribles de la pauvreté des parents est le phénomène des enfants dits  » de la rue  » qui s’observe à Kinshasa et dans les grandes agglomérations de l’intérieur du pays. Frappés par la disette, beaucoup de parents sont devenus impuissants devant leurs enfants qui, pour survivre, n’ont pas mieux trouvé que d’envahir les rues pour se livrer à la mendicité et surtout au vol à la tire. Le spectacle le plus ahurissant se vit sur le boulevard du 30 juin, à la hauteur de la Chancellerie des ordres nationaux. Des gaillards au gabarit impressionnant se permettent n’importe quelle abomination au vu et au su des autorités tant nationales qu’urbaines. Aucune d’elles ne fait de cette menace une préoccupation, pourtant c’est une véritable bombe à retardement qui se prépare sans que les uns et les autres ne s’en rendent compte.

La question que d’aucuns se posent ces jours-ci est celle de savoir comment ces parents pauvres vont-ils faire face à la rentrée scolaire qui aura lieu dans exactement un mois. La plupart d’entre eux qui sont dans l’informel sont dans l’incertitude la plus totale tandis que les agents et fonctionnaires de l’Etat ne savent pas où donner de la tête. Jusqu’hier mercredi 2 août, leurs modiques salaires du mois de juillet 2017 n’ont pas encore commencé à être versés dans les banques. Ce qui laisse présager que ceux du mois d’août ne le seront pas avant la rentrée scolaire prévue le lundi 4 septembre prochain. Ces parents pauvres ne seront pas à mesure de faire retourner leurs enfants à l’école ce jour-là.

Ventre affamé n’ayant point d’oreilles, tous ces parents constituent un sol fertile pour le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement (RASSOP) qui a projeté plusieurs manifestations de rue dans les jours à venir. Avec les médecins en grève déjà et les fonctionnaires qui ont promis de débrayer si le gouvernement ne tient pas à les payer au taux de 1450 FC le dollar américain, l’incertitude plane sur l’avenir immédiat de la RDC. Contrairement à ce que nos politiciens pensent et déclarent, le vrai et unique combat aujourd’hui demeure la lutte contre la pauvreté en vue de  » libérer  » véritablement les nombreux parents qui vivent dans des conditions infra humaines.

Rombaut Ot

Related posts