Propagation des chenilles légionnaires sur le continent :  Des experts africains à Kinshasa pour définir des mesures de contingence

Les attaques des chenilles légionnaires  sur les cultures  observées un peu partout à travers le continent africain constituent véritablement une menace pour  la sécurité alimentaire, surtout un facteur d’appauvrissement  des paysans.  Au regard de l’ampleur de dégâts causés par ces bestioles, une réponse s’impose.

C’est dans cette optique que l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et ses partenaires ont réunis du 11 au 13 juillet à Kinshasa des experts de huit pays  africains  pour convenir de la réplique à donner face à l’invasion des chenilles légionnaires qui touchent plusieurs pays d’Afrique, particulièrement ceux de l’Afrique centrale.

La rencontre de Kinshasa a donc permis aux experts venus de huit pays d’Afrique d’échanger  leurs connaissances sur le ravageur et l’ampleur des dégâts causés sur les cultures. Il va sans dire, l’objectif final  pour ces experts consistait à définir ensemble les mesures de contingence à prendre afin d’établir une gestion intégrée de cette propagation des attaques  de cultures vivrières par des chenilles légionnaires.

Ces dernières années, constate-t-on, l’Afrique centrale subit une attaque de chenilles légionnaires très voraces qui détruisent des milliers d’hectares de cultures. Originaire des Amériques, cet insecte s’attaque notamment au maïs, au blé, au millet et au riz qui constituent des aliments de base de la sous-région de l’Afrique centrale.

Tout porte à croire qu’au regard de l’importance du maïs pour l’alimentation humaine et son utilisation grandissante comme aliment de bétail, l’impact de ce ravageur sur les moyens de subsistance des populations affectées risque d’être énorme.

Cet insecte dévastateur  de cultures et plantes connu en Amérique sous l’appellation de  la chenille légionnaire  est une menace sérieuse pour l’agriculture et  par conséquent, pour la sécurité alimentaire en Afrique. Il importe de révéler que  la culture du maïs est essentielle pour les petits agriculteurs de la région qui en tirent la majorité de leurs revenus.

Selon des sources de la FAO, au-delà des statistiques financières, les pertes constituent un risque important en termes d’insécurité alimentaire et nutritionnelle car elles représentent également 250 millions de repas.

Ainsi donc,  souligne-t-on, compte tenu de la forte menace économique, la Communauté économique des états de l’Afrique centrale (CEEAC), la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et la FAO comptent établir dans les tout prochains jours des plans d’urgence pour lutter contre cette invasion.

 

Pour une riposte concertée régionale

Pour une prise en réponse efficace, conseille l’agence onusienne, le caractère envahissant et transfrontalier de ce ravageur impose aux différents pays touchés de travailler ensemble et d’une manière concertée depuis le niveau national jusqu’à l’échelle continentale en passant par le niveau sous-régional.

En République démocratique du Congo, l’invasion des chenilles légionnaires affecte souvent les provinces Est du pays. Dans la partie Ouest, c’est l’ex province du Bandundu qui en a souffert.

Au début de l’année en cours, précisément au de février dernier, le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur l’insécurité alimentaire qui guettait la province du Haut-Katanga, à la suite de l’invasion de chenilles non autrement identifiées  qui avaient envahi d’importantes portions de terre agricole et ravagé des milliers de culture dans cette partie Sud-est du pays.

C’est vers mi-décembre 2016 que l’invasion de ces bestioles a été observée pour la première fois dans les zones frontalières à la Zambie.  Selon une mission conjointe FAO-ministère de l’Agriculture, pêche et élevage dépêchée sur  le terrain, Kambove, Kasenga, Kipushi et Pweto  étaient les territoires les plus touchés.

Les chiffres livrés à l’époque ont indiqué que 80 % de plus de 66000 hectares du territoire de Kambove ont été dévastés. Dans le territoire de Pweto,  ce sont plus de 2 000 hectares ou de cultures qui ont été détruits dans la zone de Kilwa. Cette situation qualifiée de calamité a effectivement eu un impact négatif sur la récolte pour la campagne agricole 2016-2017.

Cette invasion des chenilles légionnaires était vécue comme un vrai désastre pour les paysans affectés et la majorité des populations locales qui ne vivent essentiellement que de l’agriculture.  Tous les experts s’accordent sur le fait que cette chenille légionnaire d’automne, d’origine américaine,  a la capacité d’affecter presque tous les types de récolte, et plus particulièrement le maïs et toutes les cultures céréalières.

Naturellement compte tenu de sa capacité destructrice des cultures, les acteurs humanitaires ont à juste titre redouté la perte de la production agricole, principale source de revenu et de nourriture des ménages, au dessus-tout le risque de voir s’accentuer l’insécurité alimentaire dans la zone.  Evidemment cette crainte s’est justifiée par la suite.

Dans le but de cerner cette chenille jusque là inconnue dans le milieu, des échantillons ont été prélevés pour des recherches plus approfondies dans des laboratoires au Kenya et au Nigeria, afin, non seulement d’identifier l’espèce de la chenille mais aussi de trouver une piste de solution pour lutter contre ce nouveau fléau.

Outre l’Afrique central, la chenille légionnaire non désirable sévit dans l’Afrique de l’Ouest et en Afrique australe notamment au Mozambique,  au Zimbabwe, en République sud-africaine…, où de centaines de milliers d’hectares  de cultures de mais sont dévastés. L’attaque de ces bestioles est donc à prendre au sérieux pour la sécurité alimentaire et l’économie locale. Des structures d’observation sont à envisager pour prévenir toute invasion à grande échelle.

Dovin Ntelolo Diasonga

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