Révision du fichier électoral/ Corneille Nangaa entre le marteau et l’enclume

Aucun parti politique n’est vraiment prêt pour les élections

Le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Corneille Nangaa, doit avoir beaucoup de soucis en ce moment.Et pour cause ? C’est lui-même qui a annoncé publiquement à une délégation du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement (RASSOP) venue lui déposer un mémo de cette méga plate-forme de l’opposition, qu’il publiera d’ici fin août 2017 le calendrier détaillé de l’élection présidentielle couplée aux législatives nationales et provinciales. En prenant le gros risque de faire une telle déclaration, il croyait sans doute qu’il en aurait fini en grande partie avec l’opération de révision du fichier électoral, excepté l’espace kasaïen.

Alors que l’opinion tant nationale qu’internationale attend avec impatience la matérialisation de cette promesse, voilà que les agents électoraux de plusieurs centres d’inscription menacent de cesser de travailler pour cause de non- paiement de leurs salaires. La gronde est partie de Kenge, chef-lieu de la province du Kwango. Elle commence à s’étendre un peu partout.

Dans le territoire d’Idiofa, province du Kwilu, outre le non-paiement de leurs salaires, le personnel affecté dans les bureaux d’enrôlement est confronté à un problème très sérieux lié au manque de carburant, à la panne des ordinateurs et insuffisance d’intrants. Dans certains centres d’inscription (CI), l’opération s’est tout simplement arrêtée faute de logistique. C’est précisément le cas dans la localité de Kasangunda, secteur de Kapia, à quelque 100 kilomètres d’Idiofa.

Alors que les perspectives ne sont pas aussi heureuses et que sa promesse faite tambour battant court le risque de ne pas être tenue, Corneille Nangaa prend le plaisir d’aller se pavaner à l’intérieur du pays au motif de superviser l’opération d’enrôlement. A quoi servent alors les Secrétaires exécutifs provinciaux qui trônent dans les antennes provinciales ? Les fonds engloutis dans cette vadrouille ne peuvent-ils pas servir utilement à couvrir des dépenses urgentes auxquelles la centrale électorale fait face actuellement?

Le gouvernement qui est le principal pourvoyeur des fonds utilisés par la CENI doit-il continuer à laisser cette institution dans une telle gestion obscurantiste où les dépenses liées aux missions des autorités sont plus importantes que celles relatives à l’opération d’enrôlement, quand bien-même la constitution consacre l’indépendance technique de cet organe ? Si l’Assemblée nationale à qui la CENI rend compte de sa gestion se montre complaisante vis-à-vis d’elle, le gouvernement qui décaisse les fonds ne peut-il pas exiger de l’équipe Nangaane ne fût-ce que les justificatifs des dépenses engagées ?

 

Le pire est à craindre

Dans l’allure où vont les choses, la CENI risque d’être bloquée si les agents électoraux de nombreux CI mettent en exécution leur menace de grève et si une solution urgente et appropriée n’est pas apportée aux problèmes de logistique qui se posent. Car, quand bien-même Corneille Nangaa forçait la note en publiant son calendrier électoral, rien ne doit se réaliser si l’opération de révision du fichier électoral se terminait en eau de boudin.

Pour éviter un énième report de la publication du calendrier électoral, il convient que la CENI mette les bouchées doubles pour respecter la promesse faite urbi et orbi par son président. Cela favorisera l’accalmie dans la météo politique qui reste nébuleuse depuis que Corneille Nangaa a annoncé, depuis la capitale française où il se trouvait en mission de service, son impossibilité à organiser les élections avant fin le 31 décembre 2017 contrairement à l’accord de la St Sylvestre.

Cependant, il faut souligner qu’en dépit de ce qui se passe à la CENI, presque tous les partis politiques de la Majorité présidentielle (MP) tout comme ceux de l’opposition ne sont pas encore prêts à affronter les urnes. Pour s’en rendre compte, il convient de faire un tour dans les différents états-majors desdits partis où l’on observe curieusement une apathie contrairement aux déclarations tapageuses dans les média. En principe, à l’approche de scrutins qui s’annoncent, l’on devrait déjà vivre une effervescence dans les sièges de formations politiques, du moins pour ceux qui en disposent. Mais le manque de vie dans nos partis politiques prouve à suffisance que personne n’est véritablement prêt à aller aux élections. Ne soyons pas surpris demain lorsque les vaincus vont s’employer à la contestation électorale, alors que c’est à présent qu’il faut se préparer à la victoire en mettant en place des stratégies idoines. Malheur à ceux qui sont distraits.

Rombaut Ot

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