Sombre décor

Médecins, infirmiers, fonctionnaires et professeurs de l’Université de Kinshasa (Unikin) en grève. Le marché de change en surchauffe où la devise américaine a dépassé la barre de 1.700 FC le dollar. Le microcosme politique en ébullition : la désignation d’Olenghankoy à la tête du Conseil national de suivi de l’accord et du processus électoral est venue exacerber la sempiternelle et inutile crise qui met face à face la Majorité présidentielle (MP) et le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement (RASSOP) du tandem Tshisekedi (le fils de son père)- Lumbi.

A la suite de nombreuses contestations nées de la désignation de cet homme aux allures imprévisibles depuis l’époque de la Conférence nationale souveraine (CNS), l’on se pose la question sur l’avenir de cette structure, surtout que la CENCO est venue s’ajouter au groupe des contestataires notamment le leader de l’UNC Vital Kamerhe et Eve Bazaiba, secrétaire général du MLC et président du Front pour le respect de la constitution (FRC). Qui plus est, à la fin de leur conclave du Centre Béthanie clôturé le week end dernier, les membres du RASSOP sont montés au créneau pour annoncer des actions de grande envergure en vue d’obtenir les élections au plus tard le 31 décembre. Du coup le spectre des fameuses villes mortes hante les esprits et le décor pour une météo politique chaude est ouvertement planté.

Dans la même marmite en ébullition, il sied d’ajouter les tirs à boulets rouges dont est l’objet la Commission électorale nationale indépendante (CENI) accusée d’être à la solde des partisans d’un autre glissement du calendrier électoral. Les auteurs de ces critiques ne comprennent pas pourquoi Corneille Nangaa fait la sourde oreille face à l’incompétence des opérateurs de saisie (OPS) qu’il a affectés dans les centres d’enrôlement tant de Kinshasa qu’à l’intérieur du pays.Pour ces pourfendeurs qui n’exigent que l’organisation des élections en cette année 2017, la CENI doit dans un délai très bref publier le calendrier électoral pour rassurer le peuple congolais.

A côté de ce décor politique qui suscite moult interrogations et même crainte, vient se greffer la grave détérioration de la situation économique du pays dont les répercussions sont catastrophiques sur le vécu quotidien des Congolais.Le niveau de production étant au plus bas niveau, les réserves en devises de la Banque centrale du Congo (BCC) se sont amenuisées au point où les hommes d’affaires sont obligés de se ruer sur le marché parallèle pour s’approvisionner en monnaies étrangères. Aujourd’hui, la BCC est presque en situation de cessation de paiement. Pour preuve, bien que Bruno Tshibala n’ait pas tenu sa promesse de payer les agents de l’Etat au taux de 1450 FC au mois de juillet, tous ceux qui sont payés par le trésor public n’ont pas perçu leurs dus jusqu’à présent, alors que nous nous approchons de la fin du mois. C’est d’ailleurs cette situation qui est à la base des mouvements de grève dont nous avons fait état plus haut. Qu’est-ce qui a poussé le chef du gouvernement à faire une promesse aussi démagogique aux agents et fonctionnaires de l’Etat alors qu’il sait très bien que le trésor public est en panne sèche, s’interroge plus d’un homme sensé ?

Face à ce tableau sombre, nous ne pouvons nullement céder à la panique. Antoine de Saint-Exupéry n’a-t-il pas affirmé que l’homme se découvre en se mesurant à l’obstacle ? La RDC ne manque pas des filles et des fils suffisamment intelligents capables de formuler des voies idoines pour mettre fin à la morosité actuelle dans le pays. Ils sont là ces courageux dans les deux camps antagonistes. Donnons-leur l’opportunité de s’exprimer sans aucune intimidation. A défaut, même ceux qui se croient forts seront pris entre le marteau et l’enclume.

Rombaut Ot

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